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La course vers la carboneutralité

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La Chambre des communes a reconnu l’urgence climatique en juin 2019, mais le projet de loi C-12 concernant la transparence et la responsabilité du Canada dans le cadre de ses efforts pour atteindre la carboneutralité en 2050 – ou la « loi climat », stagne au parlement canadien depuis son introduction en novembre dernier.  

Si l’on pouvait voir au départ dans ce premier projet de loi gouvernemental sur le climat de l’histoire fédérale canadienne une reconnaissance bienvenue de l’importance et de l’urgence de la lutte contre les changements climatiques, ce dernier tient plus de la coquille vide. Il est encore bien loin de mettre le Canada en tête du peloton des 34 pays ayant adopté des objectifs de carboneutralité avant ou au plus tard en 2050 et de la dizaine de pays à avoir légiféré. 

Malgré ce faux départ, il est encore temps de s’inspirer de lois climat robustes et crédibles ailleurs dans le monde et au pays, notamment de l’expérience du Royaume-Uni qui a une loi responsabilité climat en place depuis plus de dix ans. 

Une diplomatie spectacle

Jusqu’à maintenant, le Canada s’est engagé dans une forme de diplomatie spectacle : on annonce de grands engagements sur la scène internationale, mais sans plan crédible pour les respecter. Comme l’histoire des quelque 25 dernières années nous l’a démontré, les cibles à long terme adoptées par le Canada n’ont jamais été respectées. Nous n’avons plus confiance et ne nous laisserons pas berner par des engagements aussi lointains. 

Le projet de loi mentionne que les changements climatiques sont « un problème mondial qui requiert une action immédiate ». Or, pour une véritable reconnaissance de l'urgence climatique, le Canada devrait plutôt se lancer dans la course vers la carboneutralité et en viser l’atteinte bien avant 2050. En réalité, le projet de loi C-12 aurait pu être une avancée notable... s’il avait été présenté lorsque sommes nées il y a une, deux ou trois décennies. En 2021, nous avons besoin d’une véritable loi climat pour protéger les droits autochtones et les droits fondamentaux de tous les Canadiennes et Canadiens, dont les droits à la vie, à la sécurité et à l’égalité. 

Des amendements clés pour regagner notre confiance

Les jeunes signataires de ce texte s'adressent donc aux gouvernements et à tous les parlementaires pour d’abord exiger de l’action robuste dès maintenant et l’adoption de budgets carbone aux cinq ans dès 2025. Une cible de décarbonisation à long terme ne nous offre aucune garantie d’agir maintenant pour lutter contre la crise climatique. 

Ensuite, le projet de loi C-12 doit également être bonifié avec des normes rigoureuses en matière de reddition de compte et de transparence. Avant d’accéder au pouvoir, le Parti libéral du Canada avait promis d’adopter des cibles climatiques contraignantes. Or, le projet de loi n’inclut aucune contrainte quant à l’atteinte des cibles. Le gouvernement a aujourd’hui l’occasion de se rattraper et de respecter sa promesse envers les Canadiennes et les Canadiens en prévoyant un mécanisme contraignant, indépendant et rigoureux de reddition de compte. 

Vagues de chaleurs meurtrières, érosion des côtes, feux de forêts, perte de la biodiversité : les conséquences de la crise climatique se font déjà sentir et menacent la vie et la sécurité des jeunes générations et de celles à venir. Enfin, nous déplorons que le projet de loi C-12 passe complètement à côté de la gouvernance en matière d’adaptation et de résilience. 

Après la course à l’espace, la course vers la carboneutralité

Les jeunes ont le droit de vivre dans un environnement sain et ne devraient pas avoir à s’inquiéter de leur futur. Pour nous, la crise climatique est d’abord et avant tout une question de justice et d’équité intergénérationnelle. L’absence d’équité dans le projet de loi C-12 indique qu’on ne semble pas nous prendre au sérieux, ni la crise climatique d’ailleurs. Le respect de nos droits impliquerait une véritable course vers la carboneutralité, alors que pour l’instant, on semble traîner les pieds sous couvert de la COVID-19 en attendant que les élections tuent le projet de loi au feuilleton. 

À la différence de la course à l’espace, toutes les nations doivent faire preuve de solidarité pour trouver des solutions collectives et structurelles. Nous pourrons alors choisir notre destin plutôt que de le subir. 

Catherine Gauthier, directrice générale d’ENvironnement JEUnesse

Léa Ilardo, vice-présidente du conseil d’administration

Amélie Beaulé, 17 ans, et Aya Arba, 14 ans, membres jeunesse du conseil d’administration

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