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Un dangereux harceleur compulsif renvoyé en prison

Bloc justice
Photo d'archives, Fotolia

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Un juge qui a ordonné l’incarcération d’un harceleur compulsif s’explique mal comment la Couronne a pu suggérer qu’il écope seulement de travaux communautaires, malgré des milliers de courriels alarmants contre le personnel d’une clinique médicale.

«En plus de multiples menaces de tuer [une docteure], de multiples menaces de battre [un autre docteur] et d’autres propos empreints de violence graphique [...] l’accusé menace leurs enfants, il menace de leur transmettre le VIH. D’autres messages réfèrent à une “envie de tuer” dans un sens large [...] Ceci est peu rassurant», a expliqué le juge Dennis Galiatsatos en lançant un mandat d’arrestation contre Alex Letourneau la semaine dernière, au palais de justice de Montréal.

Le fait est que, pour le juge, le harceleur de 29 ans est «un danger manifeste et imminent tant pour lui-même que pour les victimes». Et cela ne date pas d’hier, puisque ses menaces avaient commencé en octobre 2020.

À l’époque, Letourneau en avait contre une clinique montréalaise. Il s’est mis à écrire compulsivement au personnel de la clinique, à qui il a envoyé «entre 3000 et 6000» courriels. Certains étaient «très anodins», d’autres «beaucoup moins», avaient exposé les avocats quand l’individu avait plaidé coupable. Et dans plusieurs cas, il y a eu des menaces beaucoup plus explicites.

«Il prévient que “la chasse est ouverte”», a ajouté le magistrat.

Suggestion clémente

Or, après la reconnaissance de culpabilité, la Couronne et la défense ont annoncé qu’elles envisageaient une suggestion commune de 75 jours de prison à purger les week-ends. Plus tard, la Couronne a jeté du lest, proposant comme sentence l’accomplissement de 240 heures de travaux communautaires.

La poursuite, d'ailleurs, ne s’était pas opposée à la libération sous caution de Letourneau en attendant sa condamnation.

Ayant eu un doute, le juge a alors demandé de voir les courriels harcelants. C'est à ce moment qu’il s’est rendu compte de la gravité de la situation.

«On remarque très rapidement que les courriels sont truffés de menaces très explicites, a noté le magistrat. Les propos sont à caractère extrêmement violent. Leur persistance et leur répétition ne font qu’amplifier leur effet terrorisant.»

Le juge a dit éprouver un «profond malaise» à l'idée de condamner Letourneau à des travaux communautaires, d’autant plus que les victimes avaient déclaré vivre dans la peur de l’accusé.

Mal informés

La lecture des courriels a également permis de faire ressortir que la Couronne aurait mal expliqué aux victimes le déroulement du processus judiciaire.

«Les victimes auraient dû être informées de l’entente [de suggestion de sentence] à l’avance, y compris le fait que la poursuite consentait à la remise en liberté du délinquant», a affirmé le juge.

Face à cette situation, et devant les courriels menaçants de Letourneau, qui a même laissé entendre à ses victimes qu’il s'en prendrait à elles une fois sorti de prison, le juge a décidé de ne courir aucun risque.

«L’objectif premier du tribunal est la protection et la sécurité du public, notamment celle des victimes», a dit le juge en lançant un mandat d’arrestation contre Letourneau.

Et pour s’assurer que les victimes soient cette fois au courant de la situation, il a également ordonné au greffe de leur transmettre son jugement.

Letourneau reviendra prochainement en cour pour les observations sur la peine, à l'occasion desquelles la Couronne et la défense devront expliquer pourquoi elles estiment que le harceleur devrait éviter la prison.