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Un tribunal malaisien suspend une expulsion massive de migrants vers la Birmanie

Un tribunal malaisien suspend une expulsion massive de migrants vers la Birmanie
Photo AFP

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Lumut | Un tribunal malaisien a suspendu temporairement mardi l'expulsion vers la Birmanie de 1200 migrants birmans, un projet controversé qui avait été dénoncé par les organisations de défense des droits de l'Homme, trois semaines après le coup d'État de la junte. 

Ces détenus, parmi lesquels figurent des membres de minorités vulnérables, avaient déjà été acheminés par cars et camions vers une base militaire de la côte occidentale de la Malaisie, d'où ils devaient être embarqués sur trois bâtiments militaires birmans.

Les États-Unis et l'ONU avaient vivement critiqué ce projet d'expulsion, tandis que des organisations de défense des droits de l'Homme affirmaient que des demandeurs d'asile figuraient parmi les personnes risquant l'expulsion.

Amnesty International et Asylum Access avaient déposé un recours en justice, soutenant que la Malaisie violerait ses obligations internationales si elle expulsait les migrants et expliquant que la vie de certains d'entre eux serait menacée s'ils revenaient en Birmanie.

Mardi, la Haute cour de Kuala Lumpur a ordonné la suspension de l'expulsion pour permettre l'examen, mercredi, du recours formé par les associations contre ce projet, a annoncé à l'AFP leur avocat New Sin Yew.

La directrice générale d'Amnesty International en Malaisie, Katrina Jorene Maliamauv, a exhorté le gouvernement à «respecter l'arrêt de la cour et à s'assurer de ce qu'aucun des 1200 individus ne soient expulsés aujourd'hui».

Elle a aussi appelé les autorités à permettre au Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) s'avoir accès aux prisonniers, afin de déterminer ceux qui doivent bénéficier de l'asile.

«Réfugiés de zones de conflit»

«Il est important d'observer que la suspension décidée par le tribunal ne signifie pas que les 1200 sont sûrs de ne pas être expulsés. Ils sont confrontés à des risques mortels», a-t-elle dit.

«Nous appelons le gouvernement à revoir ses projets qui consistent à envoyer en Birmanie ce groupe de personnes vulnérables.»

Des journalistes de l'AFP présents sur place avaient auparavant vu des dizaines de cars et de taxis transportant les migrants arriver sur la base navale de Lumut, sous bonne escorte policière.

L'armée birmane a renversé début février le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, ce qui a déclenché une campagne massive de protestations.

La Malaisie avait exprimé sa «sérieuse préoccupation» après le coup d'État. Mais quelques jours plus tard, elle avait selon des médias donné son feu vert pour que la junte envoie des navires récupérer les migrants détenus.

Les autorités malaisiennes soutiennent que ces derniers ont commis des infractions, comme le fait d'avoir dépassé leur autorisation de séjour, et qu'aucun membre de la minorité Rohingya ne figure parmi les migrants sur le point d'être expulsés.

Cependant, les détenus incluent des Chins, une minorité essentiellement chrétienne, et des personnes originaires des États Kachin (nord) et Shan (est), en proie à des conflits, selon Lilianne Fan, directrice internationale de la Fondation Geutanyoe, qui travaille avec des réfugiés.

Les autorités malaisiennes interdisent depuis fin 2019 l'accès de leurs centres de détention au HCR, ce qui signifie que l'agence de l'ONU ne peut déterminer ceux des prisonniers qui devraient obtenir le statut de réfugiés.

James Bawi Thang Bik, président de l'Alliance des réfugiés Chin, basée en Malaisie, s'est dit choqué d'apprendre que des membres de cette minorité figuraient parmi les 1200 personnes.

«Ce sont des réfugiés qui viennent d'une zone de conflit», a-t-il dit à l'AFP.

La Malaisie accueille des millions de migrants des régions les plus pauvres d'Asie - notamment de Birmanie, du Bangladesh et d'Indonésie -, qui travaillent pour des salaires de misère, en particulier dans le bâtiment.