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Power jure ne pas avoir déplacé un emploi

Sommet économique La Malbaie, Paul Desmarais
Photo d'archives, BanQ Paul Desmarais de Power Corporation en compagnie de René Lévesque et du président de la FTQ, Louis Laberge, lors d’un sommet économique à La Malbaie, en mai 1977.

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Power Corporation assure être restée sourde à une soi-disant demande de Pierre Elliott Trudeau de rediriger ses activités et ses investissements à l’extérieur du Québec dans la foulée de l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, en 1976.

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Dans un télégramme en anglais daté de décembre 1976, l’ambassadeur américain au Canada, Thomas Enders, évoque des discussions qui auraient eu lieu entre M. Trudeau et le PDG de Power, Paul Desmarais.

« M. Desmarais, dont les entreprises emploient 48 000 personnes au Québec, pense que Trudeau veut qu’il laisse les structures organisationnelles intactes dans la province, mais qu’il redirige (reprogram) vers le reste du Canada autant d’activités et d’investissements que possible », peut-on lire dans le document mis au jour par CBC News.

« Nous ne pouvons pas faire de commentaires spécifiques puisqu’il s’agit d’une conversation présumée entre deux personnes qui sont aujourd’hui décédées », a réagi hier Stéphane Lemay, porte-parole de Power Corporation.   

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher avec Pierre Nantel sur QUB radio:   

Très improbable

M. Lemay a toutefois jugé « très improbable qu’une telle demande ait été faite par M. Trudeau » et a affirmé que les décisions prises par M. Desmarais à l’époque « ne soutiennent pas du tout la théorie qui est mise de l’avant » dans le télégramme.

« Power n’a pas transféré d’emplois, d’opérations ou d’installations à l’extérieur du Québec au cours de cette période », a insisté le porte-parole.

Le conglomérat a envoyé au Journal le texte de discours prononcés par Paul Desmarais lors d’assemblées d’actionnaires passées. 

Quelques jours avant le référendum sur la souveraineté de mai 1980, M. Desmarais assurait que depuis l’élection du PQ, il a « encouragé les chefs d’entreprises à rester au Québec et à faire face au nouveau défi qui nous était posé ».

  • Écoutez la chronique de l'ancien chef du PQ, Jean-François Lisée, avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

En 1977, il avait qualifié de « mauvais » le choix de certains de quitter le Québec.

En 1978, toutefois, Paul Desmarais avait estimé que la décision de la Sun Life et d’autres entreprises de déménager leur siège social à l’extérieur du Québec était « le résultat parfaitement prévisible des politiques [économiques] du gouvernement » péquiste. 

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:  

Le petit empire de Power Corp  

Sous l’impulsion de Paul Desmarais, Power Corporation était en 1976 un véritable conglomérat actif dans plusieurs secteurs. Le groupe et ses nombreuses entreprises affiliées employaient alors 48 000 personnes au Québec. À titre de comparaison, le Mouvement Desjardins comptait alors 13 000 salariés. À la fin de 2019, le holding avait fondu à 30 600 personnes à travers le monde. Au Québec, le siège social de Power Corporation ainsi que les filiales Canada Vie, IG Gestion de patrimoine, Sagard et Lumenpulse donnent du travail à un peu plus de 2000 personnes.

MÉDIAS

Déjà propriétaire des quotidiens La Tribune de Sherbrooke, Le Nouvelliste de Trois-Rivières et de La Voix de l’Est depuis le milieu des années 1960, Power Corporation a acquis La Presse en 1968. L’entreprise a vendu les trois premiers ainsi que Le Soleil de Québec et Le Droit d’Ottawa à Martin Cauchon en 2015, avant de se départir de La Presse en 2018.

INDUSTRIE

De 1970 à 1989, Power Corporation a contrôlé Consolidated Bathurst, producteur de pâte et papier très présent au Québec, aujourd’hui connu sous le nom de Résolu. Power détenait aussi une participation dans le fabricant de verre Dominion Glass. Le groupe a toutefois échoué à prendre le contrôle d’Argus, une firme torontoise qui possédait notamment des intérêts dans Massey Ferguson (tracteurs), les supermarchés Dominion et Domtar.

FINANCE

En 1976, l’entreprise détient déjà deux des plus importantes firmes canadiennes du secteur financier, lesquelles deviendront son socle : le Groupe Investors (aujourd’hui IG Gestion de patrimoine) et l’assureur Great-West. Le groupe possédait également le Montréal Trust ainsi que des intérêts dans la Banque Provinciale, qui fusionnera avec la Banque Nationale.

TRANSPORTS

Power a été propriétaire de l’armateur Canada Steamship Lines (CSL) jusqu’à sa vente à Paul Martin en 1981. Dans le cadre de la même transaction, Power a cédé Transport Provincial, qui exploitait notamment les lignes d’autocars Voyageur. L’entreprise disait ainsi adieu au secteur d’activité qui a permis à Paul Desmarais de se lancer en affaires.