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«Ça y est, ça commence»: un médecin raconte la première mort déclarée du Covid aux États-Unis

«Ça y est, ça commence»: un médecin raconte la première mort déclarée du Covid aux États-Unis
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KIRKLAND | «C'était un vendredi comme les autres»: il y a un an, le Dr Francis Riedo ne s'attendait absolument pas à ce que son hôpital, dans l'État de Washington, devienne le premier à annoncer un mort de la COVID-19 aux États-Unis.

En pleine saison de la grippe, de nombreux patients sont, en février 2020, en unité de soins intensifs à l'hôpital EvergreenHealth de Kirkland, près de Seattle dans le nord-ouest du pays. Malgré des tests approfondis, pour deux d'entre eux, placés sous respirateur, les médecins n'arrivent pas à poser de diagnostic.

«Ça y est, ça commence»: un médecin raconte la première mort déclarée du Covid aux États-Unis
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Quelques cas de la COVID-19 ont déjà été détectés dans le pays, et le jeudi 27, la principale agence fédérale de santé publique du pays (CDC) change ses recommandations pour que des tests puissent être pratiqués sur des personnes ne revenant pas forcément de Wuhan mais présentant une infection respiratoire inexpliquée. 

Le soir, «nous remplissons trois pages de formulaires pour chaque patient, et le vendredi matin, nous collectons les échantillons des deux individus pour les envoyer au laboratoire», raconte dans une interview à l'AFP le Dr. Riedo, directeur médical du contrôle et de la prévention des maladies infectieuses de l'hôpital. 

Jusqu'alors, les tests devaient être envoyés à Atlanta, au siège des CDC, pour examen, mais ce vendredi est justement la première journée où ils peuvent être réalisés dans un laboratoire localement.

Le Dr Riedo tient à vérifier la qualité des prélèvements et à les porter lui-même. Il a bien sûr entendu parler de cette mystérieuse maladie qui a fait des ravages en Chine, mais ne se montre pas inquiet: «Je les ai déposés et j'ai continué ma journée. Je ne pensais pas, honnêtement, qu'il s'agirait d'autre chose que d'un exercice.»

Il va ensuite voir l'un des deux patients, dans un état critique, qu'il avait soigné cinq ans auparavant. 

«Le temps que j'arrive, dans l'après-midi, il était déjà décédé». 

L'homme avait une cinquantaine d'années, et une santé fragile.

«Des gens de sa famille étaient présents. À ce moment, nous ne savions pas encore qu'il était infecté», se rappelle le médecin. 

Alors qu'il n'attend les résultats des tests du matin que dans plusieurs jours, le soir même, il reçoit un appel des autorités sanitaires du comté. 

Ils «m'informent que les deux tests que nous avions envoyés étaient positifs». 

«Ma première réaction, je dois dire, était un léger scepticisme», confie le docteur. Des informations ont en effet circulé à l'époque sur des tests défectueux. Mais au bout du fil, on est formel: le virus a été détecté.

«Après ce premier moment d'incrédulité, je me suis dit, ça y est, ça commence.» 

«Grandes inconnues»

«Cette révélation, à 19H40, a déclenché tout un processus», se rappelle Francis Riedo. Il échange avec la famille du défunt, répond aux demandes des autorités du comté, et les infirmières de l'établissement --qui ne portaient alors pas encore les meilleurs masques ensuite devenus la norme-- sont prévenues. 

Les noms des personnes ayant été exposées sont rassemblés, afin de pouvoir les tester également. 

«Cela a immédiatement lancé une immense enquête», dit le docteur. Parce que les deux individus n'ont pas de connexion entre eux, tous réalisent que plusieurs chaînes de transmission sont à l'oeuvre dans la population. 

L'annonce de ce premier décès est faite au grand public le lendemain, samedi 29 février.

«Ces deux personnes se sont transformées en 31 (cas) en cinq jours, et des centaines en quelques semaines», dit-il. 

Les autorités ont confirmé plus tard que d'autres personnes avaient en réalité succombé à la maladie dès la mi-février.

En se remémorant cette période, le Dr Francis Riedo retient surtout «de grandes inconnues». 

«Nous l'attendions, ça n'est pas sorti de nulle part (...) et nous pensions que ça pourrait devenir un problème sérieux. Mais nous n'avons jamais imaginé que cela aurait une telle ampleur», avoue-t-il.

«Ce premier mois, ces premières semaines, les ambulances s'alignaient littéralement devant les urgences pour déposer les patients.» 

«Je pense que personne n'aurait pu s'attendre à un demi-million de morts», dit-il. 

Les États-Unis, pays devenu le plus endeuillé par la pandémie, ont franchi ce seuil de 500.000 morts en début de semaine. 

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