/opinion/columnists
Navigation

Faut-il avoir honte d’appartenir à la majorité?

Coup d'oeil sur cet article

Vous souvenez-vous des cahiers Canada qu’on utilisait à l’école ?

Sur chaque page, il y avait une marge, à gauche. 

Une marge étroite, que les profs utilisaient pour écrire leurs commentaires ou coller des petites étoiles quand on avait de bonnes notes...

La marge et la page

Voilà pourquoi on appelle les gens qui rejettent les valeurs adoptées par la majorité (ou qui sont rejetés par la majorité) des « marginaux ».

Parce qu’ils vivent en marge.

À part. 

Sur le côté. 

Le cinéaste Jean-Luc Godard avait une belle phrase sur la marge : « C’est la marge qui fait tenir la page. »

Il voulait dire que, souvent, dans une société, ce sont les artistes dits « marginaux » qui lancent les nouvelles modes qui, plus tard, seront adoptées par la majorité.  

En 1962, quand Andy Warhol peignait des boîtes de soupes Campbell, il passait pour un fou aux yeux de la majorité. 

Aujourd’hui, on retrouve ses œuvres sur tous les calendriers du monde.

Les toiles de Warhol paraissent même datées. Dépassées. 

Elles ne choquent plus personne. 

Elles font partie de notre quotidien.

Qui oserait crier au scandale en regardant une toile de Van Gogh ? Ou en lisant Les Fleurs du mal ou Madame Bovary ?

Pourtant, ces œuvres, à l’époque de leur création, étaient considérées comme marginales. Très marginales. 

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Tout le monde tout nu !

C’est important, pour une société, d’avoir « une marge ». 

Le hic, aujourd’hui, est qu’on a l’impression, pour reprendre la célèbre formule de Godard, que ce n’est plus « la marge qui fait tenir la page », mais « la page qui fait tenir la marge ». 

Combien y a-t-il de personnes non binaires dans le monde ? Qui ne se disent ni « homme » ni « femme » ?

On parle ici d’une très petite minorité. 

Pourtant, pour accommoder ces individus qui vivent dans la marge de la marge, de plus en plus d’institutions songent à jeter les termes « homme » et « femme » aux poubelles. 

On ne va pas trop vite en affaire ? À ce que je sache, 98 % des gens dans le monde s’identifient encore comme « homme » ou comme « femme », non ? 

Hier, dans Le Devoir, l’excellent correspondant à Paris (et collaborateur à QUB radio) Christian Rioux parlait de ce maire de Lyon qui a décidé, pour accommoder les végétariens de sa ville, que tous les mets servis dans les cafétérias des écoles lyonnaises seraient dorénavant végétariens !

Pour le correspondant du Devoir, cette révolution dans les habitudes alimentaires des Lyonnais est un exemple de ce qu’on pourrait appeler « la tyrannie des minorités ». 

C’est bien beau, que la majorité s’ouvre à la minorité. C’est même essentiel.

Mais faut-il que la majorité se mette à ressembler à la minorité ?

Mettons que vous êtes 12 autour d’une table (Oui, je sais, c’est interdit, mais rêvons)...

Allez-vous tous vous déshabiller parce que l’un de vos invités pratique le nudisme et aime manger à poil ?

Un juste milieu

Dans une société, il y a des gens qui veulent tout changer, et des gens qui ne veulent rien changer.

Entre le « progressisme extrême » qui veut faire table rase et le « conservatisme radical » qui souhaite faire revivre « le bon vieux temps », il n’y a pas un juste milieu ?

Où la majorité et les minorités peuvent cohabiter ?