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François Legault: ambivalent face au français

Quebec
Photo Stevens Leblanc François Legault

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Ce n’est pas son jeune ministre Simon Jolin-Barrette qui pourrait souscrire au titre de cette chronique. Mais depuis des mois, ce dernier piaffe d’impatience. La réforme de la loi 101 subirait-elle les effets collatéraux de la pandémie ?

Rappelons qu’en novembre 2019, lors de la campagne de financement de la Fondation pour la langue française dirigée par Pauline Marois, le premier ministre Legault avait tweeté : « On doit en faire plus pour protéger le français qui fait notre fierté au Québec. On ne peut se contenter de faire survivre notre langue, il faut la faire vivre ».

Or il ne faut pas être psy pour percevoir l’ambivalence de François Legault à renforcer la loi 101. L’on sait qu’il s’est refusé dans le passé à imposer le français aux PME de 50 employés au moins et à interdire les cégeps anglais aux étudiants francophones.

D’ailleurs, le premier ministre est d’accord pour que les francophones fréquentent les cégeps anglophones, ce qu’ils font de plus en plus. Les chantres de cette politique n’y voient que des avantages, dont le premier est l’immersion en anglais.

Le français

Personne ne semble se préoccuper de la piètre qualité du français écrit et parlé dans les écoles secondaires par un nombre non négligeable de jeunes qui n’auront eu que le temps de survoler brièvement la littérature francophone.

Or, sans transmission de cette culture en français, les étudiants sont limités. Déjà que les Québécois francophones à hauteur de 52 % ont des problèmes plus ou moins graves de littératie. Une proportion de 10 à 12 % est analphabète et le reste se départage entre ceux qui sont incapables de lire un texte le moindrement exigeant et d’autres qui ont des difficultés majeures à écrire correctement, pour ne pas mentionner la qualité discutable de la langue parlée.

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François Legault lit les mêmes statistiques que tous les Québécois. Donc, il devrait être alarmé par le recul des francophones et de la langue française. Sans doute son expérience professionnelle du monde des affaires a-t-elle développé chez lui le réflexe bien connu de valoriser l’anglais, une langue qu’il parle, mais avec quelques hésitations.

L’anglais

Son complexe face à l’anglais devrait plutôt le faire réfléchir sur les déficiences généralisées de l’enseignement de l’anglais dans les écoles françaises. Toutes les expériences ont été faites au Québec, mais aucune ne semble avoir réussi. Sauf peut-être l’immersion en anglais à la fin du primaire, mais dont on s’est rendu compte qu’elle ne donnait des résultats positifs que chez des enfants scolairement doués. 

C’est un comble que Mélanie Joly ait annoncé une réforme de la Loi sur les langues officielles, comme si Ottawa était le premier défenseur du français au Canada. C’était d’abord au Québec d’annoncer sa réforme.

Se faire damer le pion par Ottawa est une gifle dont on aurait pu se passer après toutes les autres qu’on nous administre par les temps qui courent. Le premier ministre Legault doit secouer son ambivalence. Qu’il ferme les portes des cégeps anglais aux francophones et introduise au niveau secondaire des cours d’anglais intensifs enseignés par des maîtres compétents, pour qu’enfin les jeunes accèdent au bilinguisme personnel, indispensable certes. Mais François Legault doit contrer l’effritement de la loi 101, qui a tant d’ennemis. Il doit être son premier protecteur.