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Hommage à Yves Martin

Yves Martin
Photo UQAR Yves Martin

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J’ai appris qu’Yves Martin était mort le même jour où la CBC révéla que Pierre Elliott Trudeau, peu après l’élection du PQ en 1976, avait secrètement demandé à ce qu’on fasse mal au Québec économiquement.

Qui est Yves Martin ? vous demandez-vous.

« Un héros de l’ombre », répondait Lucien Bouchard, dans Le Devoir de jeudi. Un superbe hommage. (En passant : espérons que M. Bouchard prépare des mémoires. Chose trop rare chez nos anciens PM. Avec une plume comme la sienne, l’œuvre serait en plus littéraire.)

Parcours riche

Lorsqu’il sortit de l’ombre pour publier des lettres dans les journaux dans les années 2000, Yves Martin se présenta successivement comme « haut fonctionnaire et sous-ministre au ministère de l’Éducation du Québec de 1964 à 1973 » ; « ancien sous-ministre associé à la politique linguistique » ; « ex-conseiller dans les cabinets Parizeau, Bouchard et Landry ».

Un parcours riche. Collègue universitaire et ami du grand sociologue Fernand Dumont, Martin avait fait une suggestion capitale au ministre de l’Éducation Paul Gérin-Lajoie, en 1964 : créer « une Université du Québec conçue selon le modèle californien d’université publique organisée en réseau ».

De manière éloquente, Lucien Bouchard le présente comme un membre éminent de « cette cohorte de Québécois engagés qui ont brillamment servi l’État du Québec avec une passion discrète, après avoir contribué à l’édifier au début des années 1960 ».

C’est dans l’antre de l’État que j’ai d’ailleurs eu la chance de faire la connaissance d’Yves Martin, à la fin des années 1990. Un passionné du Québec et de la documentation, avec une mémoire impressionnante des événements. (Traits que l’on retrouve chez son fils Pierre, universitaire et chroniqueur dans nos pages.)

Le sens de l’État

En 2010, le gouvernement de Jean Charest voulait célébrer les 50 ans de la Révolution tranquille (RT). Ancien acteur clé de cette période, Claude Morin, qui avait été conseiller de Jean Lesage, déclina l’invitation à une soirée hommage aux artisans de la RT.

Morin se disait peu « enclin à aller entendre [M. Charest] évoquer ou vanter aujourd’hui des réformes dont tout me porte à croire qu’il ne les aurait probablement pas approuvées à l’époque, s’il avait eu à en décider ». Yves Martin, lui, s’y pointa : « C’est un peu de la récupération, mais au fond, c’est surtout l’État du Québec qui commémore » et non le parti au pouvoir. « C’est pour ça que j’y serai. »

Trudeau

Trudeau père, là-dedans ? Si nous avons été nombreux à réagir très fortement aux dernières révélations à son sujet, c’est qu’il s’agissait d’une autre preuve, et peut-être la plus immonde, que PET a travaillé sans relâche, sans vergogne, à miner, combattre l’État québécois et ses artisans dévoués, comme Yves Martin, dont l’« identification première » (selon la formule de Claude Ryan) allait au Québec.

Ce que nous avons appris est important puisque PET a beaucoup gagné ; notamment lorsqu’il inscrivit son combat et ses idées pures (p. ex. : bilinguisme symétrique) dans l’ADN de « sa » constitution de 1982, qui nous régit malgré tout.

Il a en plus engendré une sorte de dynastie politique qui, systémiquement, perpétue le combat contre une certaine idée du Québec (pas nécessairement souverain).