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Identités patatières créatives

Identités patatières créatives

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Pour être honnête, je ne voulais pas écrire à ce propos. Je ne voyais pas ce que j’aurais à ajouter; et quand je n’ai rien d’intéressant à dire, je préfère me taire. Mais en lisant au sujet du scandale de l’heure, un angle d’attaque m’est venu qui me permettrait de l’aborder différemment de tous les autres évènements «du genre» (*toudoumtich*).

Conservatisme contre plasticisme

Je n’aime pas utiliser des concepts éthiques et politiques tellement larges qu’ils finissent par ne plus rien désigner. «Gauche» et «droite» en font partie (même si, pour être mieux compris ou pour mieux provoquer, je m’en sers parfois). Un autre que j’aime presque encore moins est celui de «conservateur». Pourtant, dans le débat actuel sur l’effacement du genre dans la marque Monsieur Patate, la tentation est forte de le ressortir.

Mais je résiste. Pour désigner la position de ceux qui sont outrés, je parlerai de «genrisme». Leur argument: les genres ne peuvent être effacés ni ignorés. Les idées de leurs adversaires peuvent être appelées d’autant de manières qu’il y a de raisons de préférer le «dégenrage patatier». La mienne est la suivante: comme l’humain, il s’agit d’une création plastique. Ma position pourrait être nommée «plasticisme».

Imagination, life is your creation

Qu’est-ce que le plasticisme? D’abord, il faut se demander ce qui caractérise le plastique. La définition de la forme adjectivale du mot dans le Larousse dit tout: «Se dit de toute substance pouvant être mise en œuvre par modelage ou par moulage». N’en déplaise aux genristes, le sexe n’est plus une fatalité. Non, nous ne pourrons jamais changer chacune de nos cellules pour effacer le XX ou le XY (ou autres variantes de cette normale) qui est inscrit dans notre génétique. Mais nous pouvons agir grâce aux hormones ou à la chirurgie pour changer notre corps, qui est donc bel et bien plastique.

Celui de Monsieur Patate l’est d’autant plus. Ses différentes parties, en pièces détachées, peuvent être remises dans n’importe quel ordre: c’est ce qui fait sa force et le plaisir qu’on en tire – alors qu’on en aurait très peu si tout sur lui était fixe. Ce jouet est déjà l’incarnation, dans sa chair plastique, des paroles de la chanson d’Aqua de 1997: «I'm a Barbie girl, in the Barbie world/Life in plastic, it's fantastic/You can brush my hair, undress me everywhere/Imagination, life is your creation».

C’est d’ailleurs Mattel, le créateur des poupées Barbie, qui a ouvert le bal de l’adaptation de ses jouets aux préférences du temps. Avec sa gamme Creatable World de 2019, faite de poupées d’enfants de 8 à 10 ans aux cheveux courts à transformer à volonté, Mattel nous montrait concrètement que la vie était la création de notre imagination. La révolution permanente devenue jouets pour enfants: les Soviétiques du 20e siècle n’auraient pas pensé à une aussi parfaite éducation au transformisme.

Trans et transformation

J’ouvre ici un dossier que je continuerai de traiter ailleurs: celui de la transformation sexuelle et genrée. La branche québécoise et francophone de l’organisme Gender Creative Kids, qui soutient les enfants trans, leur famille et leurs allié·e·s, s’appelait avant Enfants transgenres Canada. Elle a récemment changé de nom pour Jeunes Identités Créatives pour le rendre encore plus inclusif (et joli, à mon sens). Aussitôt, levée de boucliers des [conservateurs] transgenristes. Au nom de quel argument? Cette nouvelle étiquette ferait disparaître le «trans» de la place publique.

À mon sens, elle le manifeste encore mieux. Le «trans», quand on l’élargit pour ne plus parler seulement de sexe et de genre, c’est le transformisme. C’est l’idée de la toute-puissance humaine sur le monde, et donc sur soi comme partie du monde. Pas nécessairement dans le temps de claquer des doigts. Pas obligatoirement avec des méthodes de moralistes intimidateurs comme celles de trop de militants contemporains. Mais dans le temps qu’il faudra. Et par des moyens civilisés et civilisateurs comme la discussion calme, l’argumentation ouverte, le débat constructif.

Puissions-nous avoir le courage et l’audace, je nous le souhaite, d’être à l’image de Monsieur Patate. Peu importe notre genre, tant que nous acceptons de jouer avec nos différentes parties et de les modifier selon notre désir – au lieu de considérer que la disposition donnée au départ est la meilleure et de limiter notre plasticité.

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