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Mon année Salinger: Le film new-yorkais de Philippe Falardeau

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L’accouchement du film a été plus long que prévu à cause de la pandémie, mais Philippe Falardeau se réjouit de pouvoir enfin présenter au public québécois sa nouvelle œuvre, Mon année Salinger, une comédie dramatique campée dans le milieu littéraire de New York.

Il y a un peu plus d’un an, Falardeau débarquait à Berlin avec les actrices Sigourney Weaver et Margaret Qualley pour lancer en grande pompe Mon année Salinger à la prestigieuse Berlinale, dans une salle majestueuse de Berlin remplie à craquer. À ce moment-là, le cinéaste était loin de se douter qu’il devrait attendre encore un an avant de pouvoir faire découvrir son nouveau film au public québécois.

« Quelques jours après la première de mon film, la pandémie a éclaté et tout a fermé. J’ai été parmi les derniers à pouvoir bénéficier d’une vraie grosse projection de qualité pour la première de mon film. D’une certaine manière, j’ai été chanceux », observe-t-il.  

La jeune actrice Margaret Qualley joue le rôle principal du film.
Photo courtoisie
La jeune actrice Margaret Qualley joue le rôle principal du film.

Adapté du roman autobiographique de l’auteure américaine Joanna Rakoff, Mon année Salinger (My Salinger Year) met en scène une jeune apprentie écrivaine (Margaret Qualley) qui se déniche un boulot comme assistante d’une agente littéraire à fort caractère (Sigourney Weaver), laquelle gère la carrière du célèbre auteur J.D. Salinger. Le film se déroule dans le milieu littéraire de New York, pendant les années 1990.

Philippe Falardeau dit avoir eu un coup de cœur pour le livre de Joanna Rakoff : « Je suis tombé sur le livre un peu par hasard et j’ai tout de suite trouvé que c’était dans mes cordes, confie-t-il. Ça parle de cette période de notre vie où on a l’impression qu’on doit prendre de grandes décisions. Mais en rétrospective, c’est juste une période cool de notre vie. Je me suis identifié à cela. » 

Sigourney Weaver dans la comédie dramatique Mon année Salinger.
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Sigourney Weaver dans la comédie dramatique Mon année Salinger.

Falardeau a confié le rôle principal de son film à la jeune actrice américaine Margaret Qualley, une vedette montante à Hollywood. Pour l’autre personnage central, il a opté pour une icône du cinéma, Sigourney Weaver. 

« Sigourney a aimé le personnage parce qu’elle le trouvait différent des autres rôles qu’elle se fait souvent offrir, c’est-à-dire des femmes fortes qui n’évoluent pas et qui ne montrent pas leur vulnérabilité. Elle aimait aussi que ça se passe dans le milieu littéraire de New York, où elle a grandi », souligne le cinéaste.

Saveur québécoise

Ne vous fiez pas aux apparences : même s’il a été tourné en anglais avec deux vedettes américaines, Mon année Salinger est bel et bien un film québécois. Le long métrage a d’ailleurs été tourné majoritairement à Montréal, avec une équipe québécoise et quelques acteurs d’ici, dont Théodore Pellerin et Yanic Truesdale.

« Un des grands défis du film était de réussir à recréer le New York des années 1990 à Montréal, explique Falardeau---. Je suis d’ailleurs très content des lieux de tournage qu’on a trouvés à Montréal. Mais c’était très important aussi pour moi d’aller voler quelques images à New York. On l’a fait pour les scènes dans le métro, notamment. Juste le fait de placer le personnage du film dans le métro de New York, ça donne au public l’impression d’y être. C’est drôle parce que pendant la conférence de presse à Berlin, une femme s’est levée et a lancé : j’ai habité à New York et ça fait du bien de voir enfin un film qui a vraiment été tourné à New York ! Ça nous a bien fait rire. »

Mon année Salinger prend l’affiche le 5 mars

Le poids de Monsieur Lazhar 

Philippe Falardeau a célébré l’an passé ses 20 ans de carrière en tant que cinéaste.
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Philippe Falardeau a célébré l’an passé ses 20 ans de carrière en tant que cinéaste.

 Mine de rien, Philippe Falardeau a célébré l’an passé deux décennies de carrière derrière la caméra avec le 20e anniversaire de la sortie de son premier long métrage de fiction, La moitié gauche du frigo. S’il se dit généralement satisfait du chemin parcouru jusqu’à maintenant, le cinéaste de 53 ans admet avoir eu du mal à composer avec le poids du succès de son film le plus populaire à ce jour, Monsieur Lazhar.

 « Je considère que mes 20 ans de carrière sont un peu coupés en deux : il y a l’avant-Monsieur Lazhar et l’après-Monsieur Lazhar », confie Philippe Falardeau quand on lui demande de faire un bilan de ses deux décennies de cinéma. 

« Ce qui est arrivé avec Monsieur Lazhar, c’est que c’est la seule fois que j’ai eu un succès commercial avec un de mes films. Et ça, avec le recul, je crois que ça m’a pesé. Souvent, quand je présente mes nouveaux films, les spectateurs viennent me voir après la projection pour m’en parler et il y a toujours une petite phrase du genre : “On a aimé ça, mais nous autres, notre préféré, c’est Monsieur Lazhar”. Ça fait plaisir à entendre, mais, en tant que cinéaste, on a aussi besoin de se libérer de ses œuvres précédentes. Je me suis même déjà demandé si j’étais condamné à faire un Monsieur Lazhar 2 pour exister auprès du public. »

Cela dit, le cinéaste ne renie pas Monsieur Lazhar, loin de là. Sorti en 2011, ce film adapté de la pièce Bashir Lazhar, d’Évelyne de la Chenelière, a permis à Falardeau de faire le tour du monde, d’obtenir une nomination aux Oscars et de décrocher quelques contrats à Hollywood (la réalisation des films The Good Lie et Chuck). « C’est un vrai cadeau que m’a fait Évelyne [de la Chenelière] en acceptant que j’adapte sa pièce », dit-il.

La liberté des premiers films

C’est après avoir fait ses classes en participant à la Course Destination Monde en 1992 que Philippe Falardeau se tourne vers le cinéma. Après avoir réalisé en 1997 le documentaire humoristique Pâté chinois (sur l’immigration asiatique au Canada), il se lance dans la fiction avec La moitié gauche du frigo, faux documentaire qui relate le parcours d’un ingénieur au chômage qui permet à son coloc de tourner un film sur sa vie.

« Je m’aperçois avec le recul que mes dix premières années comme réalisateur étaient beaucoup dans la création très désinvolte et libre, observe Falardeau. Ensuite, l’expérience a commencé à peser, d’une part parce que je jugeais moi-même les idées que je pouvais avoir et, d’autre part, parce que je comprenais que les attentes qu’il y avait envers mes films étaient plus grandes. »

« Je regarde Congorama, par exemple. Je l’ai fait à un moment où il n’y avait pas de pression ni d’attentes. C’est un film qui a plein de défauts et de cheveux qui dépassent. Les cheveux qui dépassent, ce n’est pas si grave que cela dans les premiers films. Mais à un moment donné, quand tu as plus d’expérience, ça devient un défaut. Je trouve que souvent, quand on débute notre carrière, on ne réfléchit pas et ça donne des films plus incarnés. »


Après avoir signé huit longs métrages, Philippe Falardeau réalisera bientôt sa première série télé. Il prépare actuellement le tournage d’Autant en emportent les framboises, une comédie écrite par Florence Longpré qui sera présentée sur Club illico. 

FALARDEAU COMMENTE SA FILMOGRAPHIE

 La moitié gauche du frigo (2000) 

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« C’est un film que j’ai toujours beaucoup de plaisir à revoir. Chaque fois, je redécouvre de nouvelles choses, de nouveaux détails. C’est tellement ludique. »

Congorama (2006) 

« J’aime la liberté de Congorama. C’est un scénario très éclectique et foisonnant qui est construit un peu comme un thriller sans en être vraiment un. J’aime ce film parce qu’il a été créé à un moment où j’étais très libre et que je travaillais sans pression. »

C’est pas moi, je le jure ! (2008)

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« Ça reste mon film favori de ma filmographie. C’est celui qui se rapproche le plus de mon angoisse d’enfant et c’est mon plus achevé sur le plan de la réalisation. C’est peut-être le seul qui n’est pas douloureux à revoir pour moi. »

Monsieur Lazhar (2011)

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« C’est un film qui a été fait un peu dans la douleur. J’étais très anxieux en le tournant parce que c’est un récit qui n’est pas spectaculaire, mais qui est très émotif. Il fallait que ça soit bien amené. C’est probablement le film qui a été le plus difficile à réaliser pour moi. Mais, au final, j’étais très content du résultat. » 

The Good Lie (2013) 

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« C’est un film que je n’aimais pas trop quand il est sorti. Mais aujourd’hui, je n’ai pas de problème avec. Je suis content de l’avoir fait. Le directeur photo, André Turpin, m’a déjà fait un commentaire qui résume plutôt bien le film. Il m’a dit : “Ce n’est vraiment pas ton meilleur, mais je n’ai pas arrêté de brailler en le regardant.” »

Guibord s’en va-t-en guerre (2015) 

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« J’aime beaucoup Guibord. Vraiment. Ce n’est pas un grand film, mais je considère qu’il méritait mieux que ce qu’il a eu, c’est-à-dire rien du tout. »

Chuck (2016) 

« Je trouve que c’est un film qui se regarde vraiment bien, mais pour des raisons que je ne comprends pas, il n’a pas réussi à exister. Pourtant, je le trouve ben correct, ce film-là. Les gens ont toujours bien du fun à le regarder. »