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Ouïgours: peut-on parler de génocide en Chine?

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Après les États-Unis et le Canada, les Pays-Bas viennent de reconnaître que les Ouïgours sont victimes de génocide en Chine. Le gouvernement chinois dénonce avec véhémence ces prises de position. 

Ce n’est pas tant la défense des Ouïgours qui ennuie les autorités chinoises que le spectre d’un boycott des Jeux olympiques d’hiver de Pékin en 2022. Plus profondément, c’est toute la politique de Xi Jinping qui est attaquée. Au point où le règne de Xi pourrait être ébranlé et où il pourrait être obligé de quitter la présidence. 

1. Peut-on parler de génocide ?  

Autant est-il impossible de demeurer insensible face aux souffrances que subissent les Ouïgours, autant est-il difficile d’accuser le gouvernement chinois de génocide au sens strict du terme. Un génocide, selon la définition de l’ONU, implique la disparition physique et planifiée d’un peuple. Or, les camps de rééducation chinois ne sont pas des camps de concentration. Les Ouïgours n’y sont pas systématiquement tués. Des témoignages nous apprennent que des femmes ouïgoures y ont été stérilisées de force. Cependant, pour qu’il y ait génocide, il faudrait prouver que cette pratique est systématique. Cette preuve n’a pas été faite. Bien plus, la stérilisation forcée, aussi condamnable soit-elle, est répandue à travers toute la Chine pour des femmes qui ont souvent eu recours à l’avortement ou pour celles qui ont plus d’enfants que ce que permet la loi.

2. Peut-on parler de génocide culturel ?  

Les génocides culturels n’ont pas de statut reconnu en droit international. Par génocide culturel, il faut entendre les actions qui visent sciemment à faire disparaître une culture sur un territoire donné, mais en épargnant la vie des personnes qui la portent. Or le gouvernement chinois incite depuis des décennies les Chinois d’origine Han, l’ethnie majoritaire en Chine, à aller s’établir au Xinjiang, si bien que le poids démographique des Ouïgours a beaucoup diminué dans leur propre territoire. Par ailleurs, les mosquées des Ouïgours sont détruites. Leurs habitations sont rasées pour faire place à des bâtiments occupés principalement pas des Chinois Hans. Toutes ces actions peuvent être considérées comme les parties inhérentes d’un vaste plan de génocide culturel.

3. Les Ouïgours ne sont-ils que des victimes ?  

Certains groupes ouïgours mènent des actions terroristes en Chine. L’islamisme contamine aussi les Ouïgours. Il est nourri par les politiques de colonisation intérieure et de sinisation forcée.

4. Faut-il boycotter les Jeux olympiques de Pékin ?  

Le génocide culturel des Ouïgours n’est probablement pas suffisant en soi pour justifier un boycott. Mais envisagé dans un contexte plus large, ce boycott est défendable. En effet, le gouvernement de Xi Jinping a violé le traité avec le Royaume-Uni en intervenant brutalement dans les affaires intérieures de Hong Kong, contre le mouvement démocratique, au nom de la sécurité nationale. Il impose à sa population une surveillance de type carcéral dont même George Orwell n’aurait pas osé rêver. Pire, il exporte ce nouveau modèle de totalitarisme. Enfin le gouvernement de Xi Jinping n’hésite pas à essayer d’intimider les pays qui osent le critiquer ou qui ne courbent pas sous ses moindres volontés. 

5. Le pouvoir de Xi est-il en jeu ?  

L’opacité du gouvernement chinois est redevenue telle qu’il est difficile de savoir ce qui se passe parmi les hauts dirigeants. Mais la forte dégradation de l’image extérieure de la Chine qui résulte des politiques de Xi pourrait ébranler le pouvoir du président. Boycotter les Jeux de Pékin pourrait envoyer un message d’appui salutaire aux opposants de Xi.