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Un emprunt REER pour sauver de l’impôt?

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Voilà une autre affaire qu’on nous présente comme si elle appelait l’intervention du Saint-Esprit: le prêt REER.

Les conseillers financiers adorent pousser cette stratégie, mais est-ce qu’elle profite aussi à leurs clients ?  

Comment vous présente-t-on cette astuce ? Grosso modo : empruntez 10 000 $ (disons), mettez-les dans le REER, réduisez le prêt à l’aide du remboursement d’impôt, réglez le solde de la dette le plus rapidement, et hop! vous êtes riche!  

Est-ce une bonne idée ?

Récemment, j’ai abordé le même thème au sujet du CELI en démontrant comment le prêt pour investir à l’abri de l’impôt peut accélérer l’enrichissement, surtout quand le coût d’emprunt est faible.  

Avec le REER, la rentabilité de la stratégie est plus difficile à évaluer en raison des impacts des cotisations les revenus imposables et des interactions avec les programmes socio-fiscaux. En plus des rendements sur les placements et du taux d’intérêt de l’emprunt, il faut aussi tenir compte de cet élément dont je parle souvent, le taux effectif marginal d’imposition (TEMI).   

Le prêt REER à court terme : bof !

On nous propose généralement de recourir au « prêt REER» pour combler les droits de cotisation de l’année. Les conseillers recommandent de rembourser rapidement le prêt, alors ça ne peut pas impliquer des sommes énormes.  

On ne court pas de risques importants à procéder ainsi, mais on ne tire pas non plus de gros avantages à le faire.  

Au lieu de verser un gros montant emprunté en amont, puis de rembourser la somme en deux ans, on peut tout aussi bien étaler sa contribution sur 24 mois en aval, sans utiliser le crédit. Le résultat sera le même, à quelques dizaines de dollars près. Alors, pourquoi se bâdrer avec un prêt?  

Soulignons aussi que les intérêts sur les prêts-REER, sans être épouvantables, ne représentent pas non plus une aubaine. Ils se situent entre 3% et 4%, au mieux. Il faut de bons rendements à l’intérieur du REER pour justifier l’opération, et encore, on n’y gagne pas grand-chose. 

Si on connaît une faible année d’imposition, on oublie ça. Si au contraire on pense payer plus d’impôt que d’habitude pour une raison ou une autre, alors le prêt peut s’imposer.  

Des chiffres

Illustrons à l’aide de calculs. Imaginons quelqu’un qui verse à son REER la somme de 10 000 $ à l’aide d’un prêt remboursable sur deux ans, à 3% d’intérêt. Son REER génère 4% de rendement. Notre contribuable est imposé à 38 %. Comme cela se dessine ? Sa cotisation lui donne droit à un remboursement d’impôt de 3 800$, donc le montant de l’emprunt se trouve diminué à 6 200$. Les mensualités du prêt s’élèvent à 266,50 $, payables pendant deux ans.   

À la fin de cette période, la dette est épongée et le REER contient 10 816$. Pas pire.  

Voyons autrement. Si notre épargnant n’emprunte pas et qu’il cotise au REER chaque mois l’équivalent des mensualités de l’autre scénario, qu’est-ce que ça donne ?  

Il y a un piège ici, car ce n’est pas 266,50$ qu’il verse à son REER tous les mois, mais 430 $. Lui aussi a droit à un remboursement d’impôt de 38 % (430 x 38 % = 163,40 $). À chaque cotisation mensuelle, il fait une économie d’impôt de 163,40$, donc la cotisation lui coûte en réalité 266,60 $, net (j’arrondis, d’où les petits écarts).  

En deux ans, notre épargnant qui n’a pas emprunté se retrouve avec 10 705 $ dans son REER, soit avec 111 $ de moins que celui qui a emprunté. Le gain de la stratégie d’emprunt reste modeste. Si le rendement était plus élevé, l’avantage le serait aussi, mais de peu.  

On pourrait mettre un rendement de fou pour constater une vraie différence, mais ce serait irréaliste. Par contre, on peut imaginer des écarts importants dans les taux d’imposition, ce qui est facilement concevable. 

Si le prêt REER permet de cotiser lors d’une année de revenus exceptionnelle où le taux marginal du contribuable atteint 48 %, c’est gagnant! Il va battre à plate couture celui qui cotise au REER au cours des deux années suivantes alors que son taux d’imposition est revenu à la normale, à 38%. 

Le prêt produit un gain de 2000$ sur deux ans.  

En revanche, s’il emprunte pour contribuer au REER au cours d’une année où son taux d’imposition se situe sous le niveau habituel, il perd.