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Dopage dans le milieu du fitness: une obsession qui peut tuer

Dr Riam Shamma
Photo courtoisie, Tavis Gordon Dr Riam Shamma

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Lui-même athlète et médecin, Riam Shamma a enquêté sur les pratiques de dopage dans le milieu du fitness. Ce qu’il a découvert fait dresser les cheveux sur la tête : de nombreux jeunes, en quête du corps parfait, ont recours au dopage et utilisent des produits qui peuvent non seulement nuire à leur santé, mais même les tuer. Dans son livre, La beauté sous stéroïdes, il expose la situation et dénonce cette pratique.

Le Dr Riam Shamma s’est intéressé au phénomène en remarquant, dans un centre de conditionnement physique, que plusieurs jeunes hommes développaient une musculature impressionnante, bien plus rapidement que ne le laissait présager leur entraînement.

« Ce qui m’a vraiment surpris, c’est l’énorme pression venant des pairs et la normalisation du concept de “la fin justifie les moyens” par les réseaux sociaux. Tout un chacun trouve acceptable qu’on abuse de ces substances tant que cela permet d’obtenir ce look spécifique, une belle silhouette, ce que la société et les réseaux sociaux ont décrété comme étant le bon look », observe-t-il, en entrevue. 

« Ils sont sous pression pour atteindre ces objectifs, peu importe le prix : leur vie, leur maison. Et malheureusement, il y a des dépressions et des suicides. »

Un phénomène méconnu

Le Dr Shamma, lui-même un athlète, n’était pas au courant de ces pratiques qui concernent, selon les statistiques dont il dispose, environ 2 % de la population. « Lorsqu’on observe les pourcentages chez les adolescents (15-25 ans), les chiffres augmentent à 10 %, même 12 %. C’est un chiffre complètement fou ! »

Les risques associés au dopage ne concernent pas seulement ceux qui ont recours à certaines substances pour améliorer les performances, mais aussi ceux qui utilisent de l’insuline sans avoir le diabète. « Ils l’utilisent parce que cela leur permet d’avoir ce look découpé, les “six-packs” », note le Dr Shamma.

Un jeune patient de l’Abitibi, où il a pratiqué, lui a confirmé utiliser de l’insuline, moins chère que d’autres produits. « Je lui ai demandé où il se la procurait. Il m’a dit qu’un employé d’une pharmacie lui en fournissait “par la porte d’en arrière”. Je lui ai demandé s’il réalisait à quel point c’était risqué, puisqu’il pouvait tomber dans le coma et mourir. »

Arrêt cardiaque à 22 ans

Les risques associés au dopage sont bien réels. « Pour les hommes, on parle d’un risque de crise cardiaque à un jeune âge – comme 25 ans – et d’impuissance, à long terme. Quand on leur en parle, vous savez ce qu’ils répondent ? Ils disent qu’ils préfèrent avoir le look qu’ils aiment, sinon mieux vaut mourir. »

Mieux vaut mourir ? Il y a eu des cas, malheureusement. « Pendant l’écriture du livre, sur les quatre patients de sexe masculin que j’ai suivis, il y en a deux qui sont morts. Ils étaient tous les deux jeunes : l’un avait 22 ans, l’autre 41 ans. Ils sont décédés d’un arrêt cardiaque soudain, qui est une incidence connue chez les gens qui abusent des hormones, spécialement chez les hommes. »

Chez les femmes

Le Dr Shamma, qui enseigne à l’Université de Toronto, ajoute que les dégâts sont irréversibles chez les femmes qui mettent leur vie en danger pour gagner des compétitions de fitness. « Le danger, c’est l’androgénisation, c’est ce qui se produit lorsque les femmes prennent des hormones masculines, même à petites doses. »

« Ce sont les dommages qui surviennent pour obtenir 45 secondes de gloire en montant sur une scène, en prenant des photos pour Instagram et pour montrer à tout le monde leur “six-packs”, leur minceur et leur beau sourire. Mais ce que les gens ne voient pas, c’est la déshydratation sévère, la dépression, et toute la souffrance qu’elles vivent, seules, à la tombée du rideau. »

La beauté sous stéroïdes<br/>
Dr Riam Shamma<br/>
Les Éditions de l’Homme<br/>
240 pages
Photo courtoisie
La beauté sous stéroïdes
Dr Riam Shamma
Les Éditions de l’Homme
240 pages
  • Dr Riam Shamma est auteur, médecin spécialisé en médecine régénératrice et sportive, et lui-même athlète. 
  • Il enseigne à l’Université de Toronto.