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Forces armées canadiennes: Opération Déshonneur

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Photo courtoisie L’amiral Art McDonald (à droite) a pris le commandement des Forces armées canadiennes du général Jonathan Vance, lors d’une cérémonie virtuelle à Ottawa, le 14 janvier 2021.

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Il n’y a pas que les Forces armées canadiennes qui sont secouées par une grave crise de leadership à la suite d’allégations d’inconduite sexuelle à l’égard de deux chefs d’état-major en quelques semaines.

Nos gouvernements le sont tout autant. N’était-il pas de leur devoir de faire enfin entrer la culture militaire dans le 21e siècle, celui où la femme est l’égale de l’homme ?

Dans un rapport accablant en 2015, l’ex-juge de la Cour suprême Marie Deschamps avait dénoncé la « culture hostile aux femmes et LGBTQ et propice aux harcèlement sexuel et agressions sexuelles » dans les FAC. 

L’opération HONOUR devait purger les Forces armées de ce machisme déplorable et paver « la voie vers le respect et la dignité ».

Six ans plus tard, on ne peut qu’en douter.

Six ans de perdus ?

Cette semaine, la juge Deschamps s’est désolée que « très peu ait changé » depuis le dépôt de son rapport.

En effet, sa recommandation phare était de créer un centre totalement indépendant des Forces armées pour gérer les plaintes. C’était jugé comme la seule façon de s’assurer que la chaîne de commandement ne pourrait plus excuser les comportements sexuels inappropriés ou carrément fermer les yeux.

Or, l’état-major s’est contenté d’une version édulcorée, sans mandat clair et sans indépendance.

Ni le gouvernement Harper, à l’époque, ni le gouvernement Trudeau, depuis, n’y ont donné suite.

La question se pose : si ce centre indépendant avait existé, des femmes auraient-elles brisé leur silence plus tôt face au plus haut gradé des FAC ?

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Tous ternis

Le chef conservateur, Erin O’Toole, a raison de proposer une vaste enquête indépendante.

Il ne s’agit plus de connaître l’étendue du problème de harcèlement et d’agressions sexuelles dans les FAC, mais d’évaluer jusqu’à quel point il se perpétue grâce au silence complice de hauts officiers eux-mêmes compromis.

Sauf qu’Erin O’Toole a lui-même refusé de répondre à une question fondamentale. 

Lorsqu’il était ministre, au moment de la nomination de Jonathan Vance en 2015, était-il au courant des allégations passées formulées à son égard ?

Silence.

Silence aussi de Justin Trudeau sur les vérifications faites avant de nommer l’amiral Art McDonald en décembre dernier.

Silence sur si et quand il a été informé que des allégations planaient sur l’un et l’autre des chefs d’état-major.

Tant qu’à enquêter sur la culture du silence au sein de l’état-major des FAC, il faudrait aussi faire la lumière sur le silence de la classe politique. Car, pour l’instant, ils semblent se protéger l’un l’autre.