/opinion/columnists
Navigation

À la défense de mes amis franco-ontariens

Philippe Orfali
2 décembre 
20180729/0730 Marie-Noëlle Lanthier
Photo d'archives Des manifestants avaient défilé dans les rues d’Ottawa pour faire valoir les droits des Franco-Ontariens en décembre 2018.

Coup d'oeil sur cet article

Ils résistent... mais pour combien de temps encore ?

Qu’il s’agisse de santé, de sport ou d’éducation, la vie n’aura jamais été un fleuve tranquille. Ils se battent inlassablement depuis des générations pour survivre dans leur langue, le français.

Le milieu universitaire

À l’évidence, la situation du milieu universitaire franco-ontarien est largement plus précaire que celle des Anglo-Québécois. Pour ces derniers, la gouvernance, par exemple, est acquise. Ce n’est pas le cas des francophones en Ontario. 

L’institution universitaire de langue française gérée « par et pour » la francophonie ontarienne demeure un fantasme. Les Franco-Ontariens n’ont pas la gouvernance des programmes. Les décisions d’expansion et de contraction des programmes universitaires y suivent fréquemment les aspirations de la majorité anglophone.

La quasi-totalité des étudiants qui suivent une formation universitaire de langue française en Ontario le font dans une institution bilingue. Ce n’est pas le cas des Anglo-Québécois, qui disposent d’une pleine gestion de trois universités. 

L’Université Laurentienne

Au moment où j’écris ces lignes, l’Université Laurentienne, à Sudbury, traverse une crise financière majeure, à un point tel que les enseignants du programme français ne savent même pas s’ils vont retrouver leur poste à la rentrée prochaine. 

La fermeture de leur programme serait une catastrophe pour la viabilité de l’enseignement supérieur en français dans le reste du Canada, et particulièrement pour la vitalité des communautés francophones de l’Ontario. 

Serge Miville, Franco-Ontarien, titulaire de la chaire de recherche en histoire de l’Ontario français à l’Université Laurentienne, me soulignait, fort pertinemment, que l’université est un pilier de tout groupe sociétal. Qu’elle agit comme moyen pour notamment inscrire l’Ontario français dans l’universel.

C’est également un important générateur de culture, de connaissances et d’appartenance à la communauté franco-ontarienne. Il m’a invité à imaginer, un instant, s’il n’y avait que des universités de langue anglaise au Québec. 

Évidemment, la société québécoise perdrait la capacité de s’inscrire comme une nation particulière au Canada et en Amérique du Nord. Les pressions sont exponentiellement plus puissantes en milieu minoritaire. 

Une catastrophe à éviter

L’absence de l’enseignement universitaire en français chez notre voisin ontarien ne ferait qu’accélérer l’assimilation du groupe minoritaire.

L’université en français, comme forum de réflexion indépendant, permet de légitimer la langue, la culture, l’histoire, les enjeux et les débats du milieu minoritaire. Elle permet de former les générations futures, de parfaire leur apprentissage. 

Ce n’est pas seulement de l’enseignement, me rappelle Serge Miville. Il y a toute l’importance que comporte la recherche sur le milieu francophone minoritaire. Sans ces lieux de savoir et de recherche, la communauté perdrait la capacité de se penser à partir d’elle-même, plutôt que de simplement reproduire les codes, les débats et les réflexions du groupe dominant et de les appliquer sur elle. 

L’université permet de « nous nommer », d’étudier les contours du groupe et d’apporter une réflexion originale sur ses enjeux. 

Il a raison. 

Les Franco-Ontariens doivent donc impérativement obtenir une gestion autonome de leurs structures universitaires. Il en va de leur survivance.