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Un don de 3,9 M$ à l’UdeM suscite des interrogations

L’université soutient que l’entreprise Huawei a posé un geste «philanthropique»

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Photo courtoisie et d'archives, Chantal Poirier L’ancien agent du SCRS, Michel Juneau-Katsuya, explique ce qu’a fait Huawei : « C’est le concept du pot de miel. Tu donnes du miel, et tu attires tout le monde ».

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La multinationale chinoise Huawei a fait un don de 3,9 M$ au département d’informatique de l’Université de Montréal (UdeM), ce qui n’a rien d’anodin, selon l’ex-directeur de la zone Asie-Pacifique du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

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« Important, la compagnie n’a aucun droit de regard sur les découvertes scientifiques [comme toutes les ententes philanthropiques]. L’entente ne contient aucun livrable et aucun partage de propriété intellectuelle », a assuré Geneviève O’Meara, porte-parole de l’UdeM.

En décembre 2019, une entente a été signée avec Huawei pour un don de 3,9 M$ pour soutenir la recherche du Département d’informatique et de recherche opérationnelle (DIRO). Facebook, Google, Microsoft et IBM ont aussi fait des « dons corporatifs », mais leurs montants n’ont pas été dévoilés.

  • Écoutez l'entrevue de l'ex-ambassadeur en Chine Guy St-Jacques au micro de Richard Martineau:

Équipement médical

Quatre mois plus tard, Huawei a fait un don d’équipement médical (masques, gants, matériel de protection) d’une valeur de 63 000 $ à l’UdeM.

« C’est le concept de l’influence. Ils ont la capacité maintenant de pouvoir dire : “Écoutez, on est un grand donateur, on est généreux envers vous” », a déploré Michel Juneau-Katsuya, ex-directeur de la zone Asie-Pacifique au Service canadien du renseignement de sécurité.

Selon lui, les industries stratégiques de l’aviation, de l’électronique, de l’informatique ou du minier sont à la solde du gouvernement chinois, ce qu’a toujours démenti Huawei. 

« Nous ne sommes pas le gouvernement chinois. Nous ne sommes pas un agent du gouvernement chinois. Nous sommes une compagnie qui a son siège social en Chine », s’est défendu récemment son vice-président canadien, Morgan Elliot, sur les ondes de Global News.

Alors que les relations entre la Chine et le Canada restent tendues après l’arrestation de la fille du fondateur de Huawei, Meng Wanzhou, et des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig, Ottawa marche sur des œufs.

Vendredi dernier, le porte-parole du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, a refusé de dire s’il allait bannir Huawei de son réseau 5G comme l’ont fait ses alliés.

« Notre gouvernement examinera les facteurs techniques et sécuritaires, y compris les conseils de nos agences de sécurité, et tiendra compte des décisions de nos alliés et partenaires », a-t-on répété.

  • Écoutez la chronique de Sylvain Larocque au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

Plus de 12 millions de dollars

Durant ce temps, Huawei poursuit ses projets dans les universités québécoises avec l’appui financier du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG).

Ces dix dernières années, plus de 12 millions de dollars ont été versés à des projets liés à Huawei. Plus de 70 % de l’enveloppe est allée à l’Université McGill (5,4 millions $) et à l’Université Laval (3,3 millions $).

En outre, Polytechnique Montréal a toujours sa « Chaire de recherche industrielle sur les technologies sans fil de l’avenir CRSNG/Huawei ».

Or, ces projets sont risqués, selon l’ex-agent du SCRS Michel Juneau-Katsuya. 

« On a détecté plein d’étudiants qui disaient venir faire une maîtrise, mais lorsque l’on a trouvé leur vraie identité, ils avaient soit des doctorats ou des postdoctorats », a-t-il raconté, en parlant de l’époque où il était en fonction.

Ces derniers jours, des professeurs ayant collaboré avec Huawei ont dit que les Chinois ne sont pas les seuls à avoir des programmes liés à la sécurité.

De son côté, Sabrina Chartrand, porte-parole québécoise de Huawei, a souligné que 10 % du budget R&D annuel allait aux universités.

« Huawei Canada est copropriétaire de la propriété intellectuelle qui est créée conjointement ; ainsi, l’université peut continuer à l’utiliser au bénéfice de ses propres recherches et à des fins commerciales si elle le désire. Nous procédons de cette façon depuis 2018 », a-t-elle expliqué.

– Avec la collaboration de Guillaume St-Pierre