/misc
Navigation

Andrew Cuomo et la complicité des médias

Andrew Cuomo et la complicité des médias
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Déjà le 16 février dernier, je soulignais la secousse qui ébranle l’administration du gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo. À ce moment je ne relevais que le scandale de la gestion du nombre de décès dans les résidences pour personnes âgées.

Depuis ce moment, trois femmes sont intervenues publiquement pour reprocher au gouverneur des gestes, des attitudes ou des propos qu’on associe au harcèlement sexuel ou même aux agressions. S’il va de soi qu’Andrew Cuomo bénéficie de la présomption d’innocence et qu’il a le droit de se défendre et de laver sa réputation, on peut malgré tout s’interroger sur le traitement de cette histoire ainsi que sur ses retombées potentielles.

Au moment où les médias déploraient, avec raison, l’absence de leadership et la maladresse de l’administration Trump devant la menace de la pandémie, on a élevé Andrew Cuomo au rang de superstar. Après avoir encensé son attitude lors des conférences de presse et adhéré à son approche déterminée, il semble bien difficile de déboulonner la statue de ce héros de la lutte à la COVID.

Dans un premier temps, les démocrates eux-mêmes peinent à trouver les bons mots pour qualifier la situation. Le parti appuie depuis le début les victimes de harcèlement et d’agressions. L’intention est louable, noble, mais il faut être à la hauteur lorsqu’un des nôtres est au cœur des allégations. «On vous croit» doit être plus qu’un slogan lancé aux victimes, il faut appuyer la démarche.

Pour le moment, on se limite à souligner que la situation est sérieuse et qu’il faut enquêter de manière indépendante sur ces multiples accusations. À l’exception d’une élue du congrès de l’État et du maire de la ville de New York, Bill de Blasio, personne ne demande à Cuomo de quitter son poste. Quand on compare sa situation à celle du sénateur démocrate Al Franken en 2018, on pourrait même avancer que le gouverneur jouit d’un traitement de faveur.

Déterminés à montrer qu’ils adhéraient aux plus hauts standards éthiques et moraux, une écrasante majorité d’élus démocrates exerçaient des pressions sur le sénateur du Minnesota pour qu’il quitte ses fonctions. Acculé au mur, Franken s’était résigné à partir. Cependant, malgré son efficacité, l’ancien de Saturday Night Live n’avait jamais bénéficié de la popularité de Cuomo.

Outre les élus et les dirigeants du Parti démocrate, on doit aussi commenter l’attitude des médias depuis le début des déboires de Cuomo. Dans mon billet du 16 février, je ne pouvais prévoir les sorties des trois femmes qui dénoncent le gouverneur, mais je soulignais déjà qu’on avait tendance à oublier les faiblesses ou les particularités de la gestion et du comportement du fils de l’ancien gouverneur Mario Cuomo.

Avant son ascension fulgurante, Cuomo était déjà controversé et critiqué, et pas seulement par ses adversaires républicains. Ses coups de gueule, sa propension à insulter tout le monde et ses manières de petit tyran avaient déjà défrayé la chronique. 

On avait aussi déjà relevé que, comme bien des hommes politiques d’une autre génération, Cuomo était un politicien de «proximité». Familier, surtout avec les femmes, il n’hésitait pas à toucher ou à s’approcher des gens avec qui il échangeait sans vérifier au préalable que son comportement était souhaité ou encouragé.

Andrew Cuomo peut bien dire maintenant qu’il comprend que ses blagues ou son attitude étaient irrespectueuses, il réagit bien tardivement. On discute de ces sujets depuis des années et la mésaventure de Joe Biden pendant la dernière campagne ne lui a assurément pas échappé.

Dans l’ensemble, les médias américains ont été prompts à placer Cuomo sur un piédestal, négligeant ou oubliant des carences connues et documentées. Plusieurs publications, dont le New York Times, font maintenant preuve d’un zèle qu’il faut souligner, mais il y a assurément quelques leçons à retenir.

Qu’on se cherche un «méchant» ou un «héros», il faut adhérer aux mêmes principes et à la même rigueur. Je ne sais pas encore si Cuomo se retirera ou s’il renoncera à solliciter un quatrième mandat, mais il n’aura que lui-même à blâmer si ces controverses mettent un terme à sa carrière politique. Pendant un moment, il aura bénéficié de la complicité de sa formation politique et des médias, mais il n’aura pas su être à la hauteur ou capitaliser sur cet engouement, rattrapé par un passé qu’on ne pouvait ignorer.