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Pots-de-vin du CUSM: forcé de remettre 6 millions $

Poursuivi pour plus de 1 milliard $, Yanai Elbaz a dû concéder une partie des pots-de-vin du CUSM

corruption du cusm.
Photo d'archives, Ben Pelosse Yanai Elbaz a plaidé coupable d’avoir participé au scandale de corruption dans la construction du Centre universitaire de santé McGill. Il est photographié ici lors de son passage au palais de justice de Montréal, en novembre 2018.

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Un des principaux acteurs du scandale du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a été contraint de remettre 6 millions $ qu’il a reçus en pots-de-vin.

Yanai Elbaz avait caché cet argent dans des comptes en Suisse, mais les autorités policières et judiciaires ont réussi à le trouver et à le saisir.

L’ex-complice d’Arthur Porter s’est ainsi retrouvé coincé avec une partie de son argent bloqué par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Il s’agissait d’argent obtenu illégalement par l’ancien directeur général adjoint et l’ex-grand patron du CUSM.

Centre universitaire de santé McGill (CUSM)
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin
Centre universitaire de santé McGill (CUSM)

En 2010 et 2011, les deux hommes avaient reçu la somme de 22,5 millions $ de la firme SNC-Lavalin pour la favoriser dans l’octroi­­­ du contrat de 1,3 milliard $ pour la construction du futur hôpital. Ils se sont partagé le magot en deux parts égales par le truchement de sociétés-écrans.

Cette histoire a été qualifiée de « plus grande fraude de corruption de l’histoire du Canada » à la commission Charbonneau.

Argent à l’étranger

L’argent avait été envoyé dans un compte aux Bahamas avant qu’une grande partie soit transférée dans des propriétés et comptes bancaires à l’étranger.

Une grande partie de cet argent continue d’échapper aux autorités, qui ont multiplié les ordonnances de blocage depuis 2013.

En 2018, Yanai Elbaz a plaidé coupable d’abus de confiance, de trafic d’influence, de recyclage des produits de la criminalité et de blanchiment d’argent. Il a écopé de 39 mois de prison.

Il n’a toutefois pas remis un sou des 11 millions $ qu’il a touchés illégalement. Or, comme sa fortune était cachée à l’étranger ou saisie par les autorités, il s’est retrouvé coincé par ses créanciers.

Le fisc, le CUSM, SNC-Lavalin et même ses propres avocats lui réclamaient une petite fortune.

Un passif de 1 milliard $

Au début de 2020, il a donc fait une proposition pour éliminer ces dettes.

Au total, son passif, c’est-à-dire l’argent réclamé par ses créanciers, dépassait la somme mirobolante de 1 milliard $.

À lui seul, le CUSM réclamait 928 millions $, soit 20 % de la valeur du contrat à SNC-Lavalin qu’on estimait avoir payé en trop (voir tableau).

Les 6 millions $ saisis par le DPCP ont donc été divisés en trois parties.

Un tiers a été remis à Revenu Canada, un tiers à Revenu­­­ Québec et le solde a été partagé entre le CUSM et SNC-Lavalin.

Cette dernière a choisi de remettre sa part (750 000 $) à des fondations du CUSM.

La proposition a été approuvée à 100 % par les créanciers. En échange, ils ont renoncé à leurs poursuites civiles.

Ce n’est qu’un début

Yanai Elbaz n’est toutefois pas au bout de ses peines. Les autorités ont entamé des procédures pour confisquer un condo qu’il a acheté dans le luxueux complexe The Reef Atlantis, aux Bahamas, et un compte bancaire en Israël.


L’homme de 51 ans n’a pas répondu aux demandes d’entrevue faites par notre Bureau d’enquête.

Des créances de plus d’un milliard $  

Yanai Elbaz faisait face à des recours totalisant plus de 1 milliard $ de la part de ses créanciers.

◆ CUSM : 983 M$

◆ SNC-Lavalin : 70 M$

◆ Agence du revenu du Québec : 10,7 M$

◆ Agence du revenu du Canada : 7,1 M$

◆ Mes Pierre Poupart et Nadine Touma : 195 000 $

Source : Formulaire 79, Bilan (faillite ou proposition non commerciale), Surintendant des faillites