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Meurtre de Khassoghi : Biden laisse tomber

Meurtre de Khassoghi : Biden laisse tomber
AFP

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Avec l’élection de Joe Biden la rationalité est de retour à la Maison-Blanche. Mais pas nécessairement la probité. Les États-Unis sont une puissance hégémonique qui va continuer à défendre avant tout les intérêts de ses cercles dominants, essentiellement Wall Street et le complexe militaro-industriel.

Le refus du nouveau président de sanctionner le prince héritier d’Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane (MBS) à qui la CIA attribue la responsabilité du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en est une démonstration patente.

Parlant du rôle des dirigeants saoudiens dans l'assassinat de Khashoggi, le candidat Biden déclarait en novembre 2019 :« Nous allons leur en faire payer le prix et nous ferons de cet État les parias qu'ils sont». Biden ajoutait que sa doctrine de politique étrangère serait centrée sur la défense les droits de l'homme et des valeurs américaines dans le monde.  Autant en emporte le vent.

Devant le tsunami de critiques, le département d'État a voulu faire montre de fermeté.  Il a émis 76 restrictions de visa à l’endroit de Saoudiens qui «auraient été impliqués dans des menaces de dissidents à l'étranger, y compris, mais sans s'y limiter, le meurtre de Khashoggi». Biden prend donc des sanctions contre les assassins de Khassoghi et associés, mais pas contre MBS. C’est comme poursuivre des tueurs de la mafia, mais refuser d’inculper le parrain qui a ordonné l’exécution.

Ça s’appelle de la Realpolitik. Et c’est universellement pratiqué. Le fric avant les principes. L'Arabie saoudite est trop importante pour les intérêts géopolitiques et économiques des États-Unis. Ils ne vont tout de même pas les compromettre pour une question de morale et de justice. Voyons donc !

Washington ne va pas punir le prince-dictateur de cette monarchie absolue qui est un allié indispensable des États-Unis contre l'Iran. Qui plus est, MBS coordonne étroitement, mais secrètement sa politique anti-iranienne avec Israël dont il jouit de l’appui. C’est aussi un partenaire commercial qui passe des commandes valant des centaines de milliards de dollars au complexe militaro-industriel américain.  Et, enfin, c’est l’un des principaux producteurs de pétrole de la planète, capable de gravement perturber l'économie mondiale. On se calme !

Imposer des sanctions au prince lui-même torpillerait sérieusement toute future relation des États-Unis avec le royaume. Pour montrer son insatisfaction, Biden le boude. Il refuse de s’entretenir avec lui directement. Il insiste pour ne parler qu’à son papa, le roi Salmane, 85 ans, qui n’a déjà plus toute sa tête à lui. Il ne sera pas l’interlocuteur du président pendant bien longtemps. Compte tenu de son âge, 35 ans, MBS pourrait rester en fonction pendant des décennies. Le prince est un être imprévisible et impulsif qui a des troubles anxieux. Ça risque de ne pas être de tout repos.

Que faire ? Dans un monde idéal, Mohammed ben Salmane devrait être traduit devant Cour pénale internationale de La Haye. 

La rapporteure spéciale de l’ONU, Agnès Callamard, qui a nommément impliqué le prince dans le meurtre de Khassoghi, a conclu son rapport de 2019 à ce sujet en affirmant que le secrétaire général de l’ONU « devrait pouvoir mettre en place une enquête pénale internationale de suivi sans qu’un État ne la déclenche ». António Guterres n’a rien osé faire jusqu’ici. Je doute qu’il décide maintenant d’agir. 


Un mandat international empêcherait ben Salmane de voyager à l’étranger à l’extérieur de monde arabe. MBS mérite le sort George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld qui n’osent aller à l’étranger (sauf au Canada pour Bush) de crainte d’être arrêté comme l’a été l’ex-dictateur chilien Augusto Pinochet alors qu’il était en voyage à Londres.

Mais attention. Le régime saoudien n’est pas d’une solidité à toute épreuve. Il est travaillé par des tensions au sein de la famille royale et par la montée en puissance d’extrémistes islamistes, sunnites comme chiites.  Cela ne me surprendrait pas si Biden et la CIA se cherchent des alliés dans la faction adverse de la dynastie al-Saoud. Je pense au prince Mohammed ben Nayef qui a été évincé de la succession au trône et démis de toutes ses fonctions par le roi Salmane au profit de MBS en 2017. Ça ne serait pas la première fois que les Américains renversent ou tentent de renverser un régime.