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Pandémie: quelques leçons pour le Québec

Quebec
Photo Stevens Leblanc

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Un an déjà de pandémie. Très franchement, on passerait volontiers son tour à marquer un événement aussi pénible. On doit pourtant le faire. Question de ne pas oublier les plus de 10 000 Québécois et Québécoises morts de la COVID-19. De loin le pire bilan au Canada.

Question d’en tirer des leçons pour l’avenir. En cela, les plus grandes attentes viseront le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Détraquée par les « réformes » Barrette et deux décennies de compressions, dès le début de la crise sanitaire, cette immense machine s’est avérée incapable d’y livrer un combat rangé, discipliné, cohérent, rapide et transparent.

Les créatures hypercentralisées des CIUSSS étaient déconnectées des besoins réels sur le « terrain » : ceux de la population et du personnel, entre autres, dans les CHSLD. Le résultat fut à l’avenant. 

Sous la première vague meurtrière, jour après jour aux côtés de François Legault, la ministre Danielle McCann semblait ne pas savoir elle-même ce qui se passait dans son propre réseau. Ce dernier, de toute évidence, l’informait peu ou fort mal.

Impatient

D’où l’impatience du premier ministre et le remplacement en juin de Mme McCann par Christian Dubé. En entrevues, M. Legault dit avoir voulu se donner un nouveau ministre plus « cassant ». Donc, capable de brasser la cage dorée du MSSS. 

Son constat était que Mme McCann, plus conciliante de nature, semblait peiner à le faire. Il n’empêche que le style de leadership de Mme McCann était nettement moins à blâmer pour les dérapages de la première vague que les graves dysfonctionnements minant son ministère depuis des années. 

Son prédécesseur, Gaétan Barrette, était certes « cassant ». Le problème est qu’il le fut à très mauvais dessein. À preuve, l’état lamentable dans lequel il a laissé le réseau de santé.

En vue d’une deuxième vague, la nomination de Christian Dubé à la Santé et de Dominique Savoie comme sous-ministre n’en fut pas moins une décision sage. Il fallait un « outsider » à la machine entêtée de la santé. 

Insistant

Le style Dubé n’est d’ailleurs pas tant « cassant », qu’il est insistant. Un minimum vital face aux CIUSSS, trop habitués à ne répondre qu’à eux-mêmes. Or, ce problème est encore loin d’être tout à fait réglé. 

Le premier ministre dit souvent que sa plus grande erreur est de ne pas avoir augmenté le salaire des préposés aux bénéficiaires bien avant la pandémie. Bref, de ne pas avoir suffisamment valorisé leur travail. 

Une autre erreur commise en amont mérite aussi qu’on s’y arrête. Celle de ne pas avoir enclenché dès 2019 la décentralisation pourtant urgente du MSSS et des CIUSSS. 

Parce que cela n’avait pas été fait, dans l’urgence de la pandémie, François Legault a dû faire nommer une ou un « patron » pour chaque CHSLD – des postes vitaux parmi d’autres disparus sous le duo Couillard-Barrette.  

Or, la réalité est qu’à travers le réseau au grand complet, il faudra aussi renommer des patrons nettement plus près du terrain. Il le faudra pour la DPJ, la déficience intellectuelle, les soins à domicile, etc. Pour tous ces services affamés et noyés dans les méga CIUSSS.

Si on ne tire pas cette leçon cruciale pour l’avenir, le réseau de la santé et des services sociaux demeurera incapable de répondre aux besoins croissants des Québécois. Avec ou sans crise.