/world/pacificasia
Navigation

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

Coup d'oeil sur cet article

Certaines images dans ce texte pourraient choquer certaines personnes.


Les Birmans ont de nouveau manifesté jeudi pour réclamer le retour de la démocratie, mais la peur était dans tous les esprits au lendemain de la journée de répression la plus meurtrière depuis le coup d’État.

Au moins 38 personnes, d’après l’ONU, ont été tuées mercredi par les forces de sécurité qui ont tiré à balles réelles sur plusieurs rassemblements pro-démocratie à travers le pays.

L’armée doit cesser « d’assassiner et d’emprisonner les manifestants », a exhorté Michelle Bachelet, Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, « consternée par les attaques documentées contre le personnel médical d’urgence et les ambulances qui tentent de prodiguer des soins aux personnes blessées ».

Malgré la crainte des représailles, plusieurs manifestations ont eu lieu, notamment à Rangoun, la capitale économique. 

  • Écoutez le chroniqueur de politique internationale Loïc Tassé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

« Nous sommes unis », ont scandé des protestataires derrière des barricades faites de vieux pneus, briques, sacs de sable et fil de fer barbelé.

Non loin de là, des commerçants se sont dépêchés d’écouler une partie de leur marchandise. « C’est dangereux de rester ici. La police et l’armée tirent aussi dans les rues. Il vaut mieux rentrer à la maison et revenir le soir », a relevé un vendeur ambulant.

Certains rassemblements ont été dispersés avec des gaz lacrymogènes et des tirs ont été entendus, d’après un média local.

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

Dans le quartier de San Chaung, théâtre d’importantes violences ces derniers jours, des images du chef de la junte, Min Aung Hlaing, ont été placardées au sol par des contestataires pour que les piétons puissent les piétiner, une ruse pour gêner l’armée et la police qui n’oseront pas faire de même. 

« Résister est notre devoir », a souligné Thinzar Shunlei Yi, une militante de premier plan, promettant de descendre tous les jours dans les rues. 

La junte semble plus déterminée que jamais à éteindre le vent de fronde qui souffle sur le pays depuis le coup d’État du 1er février contre le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

« Tout ira bien »

Mercredi, des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants couverts de sang et blessés par balles à la tête.

La télévision d’État a de son côté imputé « les émeutes » aux protestataires, assurant que les forces de sécurité n’utilisaient que « des armes destinées au contrôle des foules afin de minimiser les blessures ».

Au moins 54 civils ont été tués depuis le putsch, selon l’ONU. Parmi les victimes, quatre mineurs, dont un adolescent de 14 ans, d’après l’ONG Save the Children. On compte aussi des dizaines de blessés.

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

L’armée a fait état pour sa part d’un policier décédé en dispersant une manifestation. Sollicitée, elle n’a pas répondu aux multiples requêtes de l’AFP.

« Le recours à la force meurtrière (...) montre à quel point les forces de sécurité craignent peu d’être tenues pour responsables de leurs actes », a souligné Richard Weir chez Human Rights Watch.

Les Birmans continuent à enterrer leurs morts. 

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

Une foule très importante s’est rassemblée jeudi à Mandalay (centre) pour les funérailles d’une jeune fille de 19 ans, décédée la veille. « Il n’y aura pas de pardon pour vous jusqu’à la fin du monde », a chanté l’assemblée, réunie devant son cercueil entouré de fleurs.

Kyal Sin est devenue un symbole : une photo où on la voit, peu de temps avant d’être visée par un tir mortel, porter un t-shirt « Tout ira bien » est devenue virale sur les réseaux sociaux.

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

À Rangoun, un autel a été improvisé avec des cônes de signalisation autour de taches de sang pour que les habitants puissent déposer des fleurs en hommage aux morts. « Nous exigeons que le pouvoir revienne au peuple », a souligné un manifestant, se disant « prêt à mourir » pour la cause.

Le parti d’Aung San Suu Kyi a aussi mis les drapeaux en berne dans ses bureaux.

Washington « horrifié et révulsé »

Les violences de mercredi ont provoqué un nouveau concert de protestations internationales.

Le président français Emmanuel Macron a exhorté à « l’arrêt immédiat de la répression ». Le département d’État américain s’est dit « horrifié et révulsé », appelant la Chine à « utiliser son influence » auprès des généraux birmans. 

Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l’armée birmane aux Nations unies, n’ont pas formellement condamné le coup d’État, considérant la crise comme « une affaire intérieure ». 

La répression se poursuit aussi sur le terrain judiciaire.

Aung San Suu Kyi, toujours tenue au secret par l’armée, est désormais visée par quatre chefs d’inculpation, dont « incitation aux troubles publics », tandis que l’ex-président Win Myint est notamment accusé d’avoir enfreint la Constitution.

Birmanie: nouvelles manifestations malgré la répression meurtrière de mercredi
AFP

Six journalistes birmans, dont Thein Zaw, un photographe de l’agence américaine Associated Press (AP), sont poursuivis pour avoir « causé la peur parmi la population, répandu de fausses informations (...) ou incité des employés du gouvernement à la désobéissance ». Ils encourent trois ans de prison.

Plus de 1700 personnes ont été arrêtées depuis le 1er février, d’après l’ONU.

Les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 avaient été réprimés dans le sang par les militaires.

L’armée, qui conteste le résultat des élections de novembre remportées massivement par le parti d’Aung San Suu Kyi, a promis la tenue d’un nouveau scrutin, sans donner aucun calendrier.