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«Les jeunes, il faut les dorloter un peu plus», dit Jean-Sébastien Giguère

«Les jeunes, il faut les dorloter un peu plus», dit Jean-Sébastien Giguère
Joël Lemay / Agence QMI

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«Un moment donné, le message ne passe plus». Voilà ce que Marc Bergevin a répété à plusieurs reprises lors de son point de presse du 24 février dernier, expliquant ainsi sa décision de remercier Claude Julien et Kirk Muller. 

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Une semaine plus tard, le directeur général du Tricolore a soulevé les mêmes raisons pour justifier le congédiement de Stéphane Waite.

«J’ai pris une décision basée sur le fait qu’un changement de voix et de message pour Carey, ça va l’aider.»

Bergevin a aussi évoqué «la nouvelle génération d’entraîneurs» en parlant de Dominique Ducharme, Alex Burrows et Sean Burke.

Mais ça veut dire quoi tout ça exactement? Une nouvelle voix, un nouveau message, une nouvelle génération? J’ai fait quelques appels.

1 - Maxim Lapierre, 35 ans, 614 matchs joués dans la LNH

Ayant enfilé les patins de 2005 à 2015 dans la LNH, Maxim a littéralement vécu une transition entre les entraîneurs de la vieille et de la nouvelle génération.

«J’ai joué pour Ken Hitchcock et Jacques Martin. De très bons entraîneurs côté structure... mais j’entrais souvent dans le vestiaire et je ne savais pas vraiment quel était mon rôle.»

Et détrompez-vous. Ce ne sont pas seulement les jeunes entraîneurs qui font partie de la nouvelle génération, mais aussi ceux qui ont su s’adapter. Le meilleur exemple : Alain Vigneault.

«Quand je suis arrivé à Vancouver, il m’a rencontré et il m’a dit : "j’ai exactement 5 à 6 minutes de temps de glace pour toi, parce que tu as les Sedin en avant de toi, Kesler et Malhotra". Quand je suis sorti du bureau, je ne me posais pas de question, je savais ce qu’était mon rôle. C’était clair, net et précis. Pas d’attente, pas de déception. C’est bizarre parce que j’ai eu pas mal plus de succès sous ses ordres qu’avec d’autres coachs.»

Pour l’ancien numéro 40 du Canadien, les hockeyeurs d’aujourd’hui veulent savoir et veulent comprendre. Ils ont besoin d’une communication constante avec leur entraîneur.

«C’est tout simplement parce qu’ils ont été élevés de cette façon. La communication est au centre de leur vie. C’est aussi une génération plus curieuse, affirme Maxim. Ils font des recherches et veulent s’améliorer à tous les niveaux : alimentation, entraînement, mental.»

«Et c’est logique, parce qu’atteindre la LNH est plus difficile que jamais. Il y a énormément de compétition à l’externe, il y a le plafond salarial et le fait qu’il n’y a plus de "gars de rôle", dit Maxim. Fini l’époque des "goons" qui jouaient 1-2 minutes par match. Aujourd’hui, tous les joueurs doivent bien patiner et bien manier la rondelle. Tu ne dois avoir aucune lacune et être à 100 % pour atteindre et rester dans la grande ligue.»

«Beaucoup de monde pense que c’est bébé ou enfantin de vouloir une discussion avec l’entraîneur, mais on le fait pour savoir quoi améliorer. On n’a pas besoin de se faire envoyer des fleurs [ni le pot], mais on veut savoir le chemin pour se rendre au but ultime.»

L’époque des entraîneurs qui font des séances de patinage punitif au lendemain d’une défaite ou qui se fâchent ou crient après ses joueurs est aussi révolue (ou presque!).

Pour Maxim, le meilleur exemple est Jon Cooper à Tampa Bay.

«Ça paraît que les gars sont bien sur le banc. Il y a une bonne communication, aucun stress. On voit que Cooper n’est pas du genre à se fâcher, il est accoté derrière le banc en mangeant sa gomme balloune, bien relax!»

2 - Jean-Sébastien Giguère, 43 ans, 597 matchs joués dans la LNH

Un entraîneur calme et positif. Voilà un autre point important qu’a aussi soulevé le gardien de but qui a terminé sa carrière au Colorado en 2014.

«Après avoir passé ma carrière avec un paquet d’entraîneurs de la vieille école, j’ai eu Patrick Roy à ma dernière année. On avait une jeune équipe au Colorado et ça paraissait que Roy était habitué de travailler avec des jeunes. C’était tellement le fun, une cassette tellement différente. Je m’étais imaginé que Patrick était un gars qui allait se fâcher souvent et facilement. Mais il ne s’est jamais fâché. Les jeunes de la nouvelle génération... il faut les dorloter un peu plus!»

3 - Bruce Richardson, 43 ans, entraîneur-chef de l’Armada de Blainville-Boisbriand

Enfin, qui de mieux placé pour parler de cette nouvelle génération que celui qui entraîne 25 jeunes joueurs âgés de 16 à 20 ans?

«Dans le temps, tu passais à côté du bureau du coach et tu te cachais pour ne pas qu’il te parle et s’il ne te parlait pas, dans le fond, c’était bon signe. Aujourd’hui, s’il ne te parle pas, ce n’est pas bon signe.»

Lorsque Bruce Richardson jouait au hockey, la norme était qu’il fallait entretenir une certaine crainte envers son entraîneur. Il lui arrivait souvent, dans la Ligue américaine, d’apprendre qu’il ne jouait pas, seulement à son arrivée à l’aréna fin d’après-midi parce que son chandail n’était pas accroché. Aucune explication. C’était «my way or the highway», dit Bruce en riant. On est à des années-lumière de cette ancienne façon de faire.

«Je rencontre mes joueurs presque toutes les deux semaines et je leur répète : ce n’est pas moi contre toi, mais moi et toi dans le but d’atteindre des objectifs communs.»

La communication avec ses joueurs touche toutes les sphères de la vie. Parce qu’au-delà du hockey, il y a l’être humain.

«On prend en charge l’être humain, pas seulement le joueur. On veut s’assurer qu’il reparte avec des bonnes valeurs. À l’époque c’était l’inverse, on te dirait : si tu ne fais pas la job, on va en prendre un autre.»

En conclusion, je ne crois pas que ça prenne un baccalauréat en communication pour «coacher» les hockeyeurs d’aujourd’hui. Juste un intérêt réel pour le sportif et pour l’être humain. Une approche positive et personnalisée avec un message clair même s’il est difficile à entendre. Pas d’ambigüité, pas de non-dit. Cette nouvelle génération veut tout simplement mieux communiquer, pour mieux performer.