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Le BAPE recommande le rejet du projet de la mine du lac Bloom

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Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) recommande le rejet du projet d’augmentation de la capacité d’entreposage des résidus miniers et des stériles à la mine de fer du lac Bloom, près de Fermont, sur la Côte-Nord.

Dans son rapport sur l’étude d’impact rendu public vendredi, le BAPE indique que Minerai de fer Québec (MFQ), une filiale de Champion Iron, doit revoir son projet parce qu’il «n’a pas fait la démonstration que les solutions retenues pour la gestion des rejets miniers sont celles qui minimisent les impacts sur les milieux humides et hydriques», peut-on lire dans le document de 205 pages.

Le président de la commission d’enquête, Pierre Magnan, et le commissaire Jacques Locat, écrivent que la solution proposée pour disposer des résidus miniers grossiers pourrait représenter un empiètement de 151 hectares sur les lacs et les cours d’eau, dont le lac F, de plus de 88 hectares, qui serait rayé ainsi de la carte.

«En conséquence, la commission recommande que le projet ne soit pas autorisé tel que présenté. Elle est d’avis que l’échéancier des travaux donnerait suffisamment de temps à l’initiateur pour qu’il mène les études additionnelles nécessaires à la révision des solutions de rechange», a-t-on indiqué dans le rapport.

La commission indique que «son analyse et les avis d’experts indépendants ont mis en lumière que l’entreprise s’est imposé des critères parfois trop sévères, tels que la distance par rapport au site d’exploitation et la présence de minerai sous la fosse, pour éliminer des solutions de rechange pour la disposition de ses résidus miniers des stériles».

La Ville de Fermont, la Côte-Nord et des communautés autochtones, dont le Conseil des Innus de Uashat mak Mani-Utenam (ITUM), appuient le projet d’augmentation de la capacité d’entreposage des résidus miniers et des stériles à la mine de fer du lac Bloom. Celui-ci doit générer des retombées économiques importantes jusqu’en 2040, rappelle la Commission.

MFQ souhaitait lancer les travaux de construction des nouvelles infrastructures en 2021. La mine du lac Bloom est en exploitation depuis 2006. Elle produit 7,5 millions de tonnes de fer par année et des autorisations lui permettent d’accroître cette capacité à 16 millions de tonnes par année, mais la superficie actuelle d’entreposage de résidus miniers et de stériles ne suffirait plus à compter de 2024.

Quels impacts?

Champion Iron n’a pas précisé quels impacts les conclusions du BAPE pourraient avoir sur le projet visant à doubler la production de la mine d’ici 18 mois. Ce projet d’un demi-milliard de dollars devait débuter ce printemps.

Toutefois, le vice-président relation avec les investisseurs de Champion Iron, Michael Marcotte, défend le projet d’agrandissement du parc de résidus miniers. Dans un courriel envoyé à TVA Nouvelles, il a indiqué que le projet «respecte en tout point le cadre légal et réglementaire actuel, qu’il a fait l’objet d’une analyse rigoureuse par 17 experts avec plus de 12 scénarios possibles et qu’il a été développé en se basant sur la meilleure solution globale du point de vue des aspects environnementaux, sociaux et techniques».

Le rapport a été accueilli avec soulagement par la représentante des résidents du lac Daigle, Martine Cotte. Les limites du parc de résidus miniers projeté se trouvent à moins d’un kilomètre de plusieurs résidences. L’augmentation du bruit et l’impact sur le paysage préoccupent les propriétaires.

Si le projet se réalise tel que présenté par MFQ, Martine Cotte estime que sa qualité de vie serait affectée au point de ne plus vouloir demeurer à cet endroit pour sa retraite. Compte tenu de la difficulté d’acheter une maison à Fermont, elle croit que la situation entraînerait son départ de la Côte-Nord.

«Ça nous fait plaisir, ça nous enlève un poids sur les épaules, a commenté Martine Cotte à TVA Nouvelles. On se dit que ce qu’on a fait et ce que d’autres organismes ont fait a porté. Il y a lieu que ce soit revu. D’ailleurs, le BAPE le dit, ils ont encore du temps devant eux pour le faire.»

Plusieurs groupes environnementaux ont aussi salué les conclusions de BABE, qualifiant le rapport de «sévère».

«Le BAPE donne raison aux nombreux citoyens, experts et organismes qui sont intervenus lors des consultations publiques. Québec doit exiger des solutions de rechange pour empêcher la destruction des milieux humides et hydriques, sans quoi le projet ne peut pas aller de l’avant», a dit Rébecca Pétrin d’Eau Secours.

Ugo Lapointe de la Coalition Québec meilleure mine et coordonnateur à MiningWatch Canada a souligné que ce rapport indique qu’il «pourrait être techniquement et économiquement faisable de remblayer l’excès de résidus miniers grossiers dans la fosse».

«Cette méthode est déjà en application dans d’autres mines. Elle permettrait de réduire l’empreinte du projet et d’éviter de détruire des lacs et des cours d’eau», a indiqué M. Lapointe.

- Avec la contribution d'Alexandre Cantin, TVA Nouvelles