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Après les records, est-ce qu’une correction boursière s’en vient?

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Que le baromètre des grands titres de haute technologie, le NASDAQ, soit entré cette semaine en phase de correction boursière... n’est pas surprenant en soi. Son recul de quelque 10 % survient après une explosion de 114 % au cours des 12 derniers mois.

D’ailleurs, il ne faudrait pas se surprendre de voir prochainement d’autres grands indices boursiers emboîter le pas de la correction boursière.

Je ne le souhaite évidemment pas. Mais à la suite de la très forte hausse boursière enregistrée au fil des 12 derniers mois, il serait « normal » de subir une correction de 10 à 15 %. 

Pourquoi ? Parce qu’une correction boursière permettrait de remettre les spéculateurs à leur place, de stopper le gonflement de la bulle boursière, de rabaisser la valeur des titres nettement trop surévalués... Et, surtout, de réévaluer les perspectives boursières et économiques en fonction de l’après-COVID-19 à la suite de la vaccination généralisée de la population.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

Bilan boursier

L’an dernier, à pareille période, la Bourse s’apprêtait à connaître l’une des pires déconfitures, en raison de la pandémie de COVID-19 qui allait ébranler la confiance des investisseurs à la grandeur de la planète.

Et en l’espace d’à peine un mois, de la dernière semaine de février jusqu’au 23 mars 2020, les grandes places boursières enregistraient des pertes de 35 à 40 % par rapport à leurs sommets respectifs atteints au cours des semaines précédentes.

Puis, à partir du creux boursier du 23 mars 2020, alors que la pandémie de COVID-19 était solidement enclenchée, les investisseurs ont petit à petit repris espoir en des jours meilleurs.

La baisse généralisée des taux d’intérêt à la suite de l’intervention massive des banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine et la Banque du Canada, ainsi que la mise en place de vastes plans d’intervention économique visant à soutenir les ménages et les entreprises face à la virulente crise économique ont eu pour effet de rassurer les investisseurs.

Et c’est ainsi que la Bourse américaine a repris à partir du 24 mars 2020 sa croisade vers de nouveaux sommets, entraînant avec elle toutes les grandes places boursières de par le monde.

Du creux de mars 2020 jusqu’aux nouveaux records atteints récemment, les grands indices américains ont bondi de 75 à 114 %. 

Pendant ce temps-là, la Bourse canadienne progressait de 66 %, et la progression des indices européens variait de 40 à 72 %. Pour leur part, les marchés asiatiques enfilaient des hausses allant de 41 à 85 %.

Titres québécois

Les indices boursiers composés strictement de titres québécois ont évidemment emboîté le pas eux aussi à la super performance de Wall Street. L’indice Québec 30 (IQ-30), qui regroupe les 30 plus grandes sociétés québécoises inscrites en Bourse, a grimpé de près de 61 % et l’IQ-120 (qui inclut également les moyennes sociétés québécoises) faisait encore mieux avec un gain de 76,5 %. 

De tous les indices boursiers, c’est le S&P/TSX Venture (Bourse de croissance de Toronto) qui a enfilé la plus forte progression, soit 200 %. Il ne faut pas se surprendre de le voir entrer cette semaine, à l’instar du NASDAQ, en phase de correction. Il a perdu jusqu’à 17 % de sa valeur en quelques séances. 

Des facteurs inquiétants

Les facteurs qui énervent les investisseurs de ce temps-ci sont les suivants :   

  1. Les taux des obligations du Trésor américain ont monté.  
  2. Le président de la Fed, Jerome Powell, a évoqué un risque d’inflation passagère.  
  3. Bien qu’il exclut une hausse des taux directeurs avant un rétablissement durable du marché de l’emploi aux États-Unis, le risque d’inflation n’en continue pas moins d’inquiéter les investisseurs.  
  4. Les cours du pétrole ont grimpé de 5 %, l’OPEP+ maintenant l’essentiel de ses coupes de production, ce qui alimente les craintes inflationnistes.  
  5. Quelque 379 000 emplois ont été créés en février aux États-Unis, contre 210 000 selon les prévisions des économistes.  
  6. Le dollar américain est relativement élevé.  
  7. L’économie mondiale se redresse.    

Cela peut paraître paradoxal de voir la Bourse subir une correction alors que l’économie, tant aux États-Unis et au Canada qu’ailleurs dans le monde, renoue avec la croissance et qu’au bout du compte, cela va se répercuter positivement sur la rentabilité des entreprises.

Comment explique-t-on ce paradoxe ? Il faut savoir que le pire ennemi de la Bourse, c’est le retour des pressions inflationnistes. 

Car pour contrôler l’inflation, les banques centrales doivent généralement hausser leurs taux directeurs. Cela pousse les institutions bancaires à relever à leur tour les taux.

Et quand les placements moins risqués (obligations, dépôts à terme, etc.) rapportent un intéressant rendement, nombre d’investisseurs déménagent une portion de leurs avoirs vers ceux-ci.

Cela se fait habituellement au détriment de la Bourse. 

Voilà pourquoi les pressions inflationnistes énervent les investisseurs !  

Des augmentations ahurissantes  

Indices Creux 
Mars 2020
Sommet 
Février 2021 
Hausse 
S&P/TSX  11 173 18 580 66,3 %
IQ-30 Québec  1991 3200 60,7 %
IQ-120 Québec 1872 3305 76,5 %
S&P/TSX Croissance  354 1073 203 %
Dow Jones  18 214 32 009 75,7 %
S&P 500 2192 3950 80,2 %
NASDAQ  6631 14 175 113,8 %
FTSE100 4899 6904 40,9 %
DAX Allemagne  8256 14 197 71,9 %
CAC France 3632587161,6 %
Nikkei225 Japon 16 35830 71584,5 %
Hang Seng Chine 21 13931 18347,5 %
Shanghai 2647373241,0 %