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Des agriculteurs de Neuville craignent encore pour la survie de leur ferme

Claude Dubuc agriculteur de Neuville
Photo Jean-Luc Lavallée Claude Dubuc, agriculteur de Neuville.

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À moitié rassurés d’apprendre que la Municipalité de Neuville renonce à dézoner certaines terres agricoles, dont celles du père du maire, des cultivateurs vivent toujours dans l’incertitude et craignent pour la survie de leurs fermes.

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Comme notre Bureau d’enquête le révélait vendredi, Neuville a choisi de revoir à la baisse ses ambitions et de modifier sa demande à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) qui visait, à l’origine, le dézonage de 58 hectares pour du développement résidentiel.  

Les terres à l’ouest de la route Gravel ne seront finalement pas touchées. Cela signifie que la terre de 18,6 hectares de Benoît Gaudreau, le père du maire Bernard Gaudreau, ne fait plus partie des plans de développement de la Municipalité, nous a confirmé le maire suppléant Jean-Pierre Soucy, qui a voulu tuer dans l’œuf tout soupçon de favoritisme et mettre fin à tout «salissage» potentiel.   

Cependant, le sort réservé aux terres situées à l’est de la route Gravel est inconnu à ce jour. La Municipalité n’a pas encore statué sur la nature des amendements qu’elle déposera à la CPTAQ d’ici le 30 avril prochain.  

Un «demi-soulagement»

«Pour moi, c’est un demi-soulagement, mais la menace est toujours là. Il ne faut pas baisser la garde. Ils ont 60 jours pour revenir avec une modification de projet», observe Claude Dubuc, le voisin immédiat de Benoît Gaudreau. Ce dernier accuse la Ville de plancher sur un projet d’envergure «qui n’a pas sa place en plein milieu agricole».  

M. Dubuc possède une ferme laitière et maraîchère et cultive des terres (principalement du maïs) des deux côtés de la route Gravel. Un dézonage, même partiel, pourrait sonner le glas de son entreprise, affirme-t-il.  

«J’ai tout à perdre là-dedans. Si j’ai le malheur de perdre seulement 1 hectare de terre, je tombe illégal au niveau des superficies pour épandre mon fumier avec le cheptel que j’ai. J’ai un troupeau d’à peu près 80 bêtes. J’ai fait des investissements en conséquence d’à peu près un demi-million$ depuis trois ans pour la nutrition robotisée et le confort animal, je ne peux pas réduire mon troupeau», fait-il valoir, question de rentabilité.  

Un revirement surprenant

Denis LaRue, de la Ferme ancestrale LaRue, s’étonne de la volte-face de la Municipalité quant aux terres de Benoît Gaudreau. «C’est bizarre qu’ils reculent comme ça juste à cause que ça a sorti que ça appartient au père du maire», a-t-il lâché au bout du fil vendredi.  

Il s’est opposé lui aussi à la demande de la Ville auprès de la CPTAQ. Il redoute l’arrivée de futures maisons à proximité de ses terres, ce qui nuirait à ses activités d’épandage en raison de la distance minimale de 75 mètres à respecter.  

«Je leur ai dit que je n’étais pas d’accord parce qu’il reste des zones blanches à Neuville qui n’ont pas été exploitées. Moi, j’empocherais bien plus s’il y avait du développement résidentiel mais ce n’est pas ça que je veux. Je suis la dixième génération sur la ferme et je veux que ça continue», insiste-t-il. 

Messieurs Dubuc et LaRue ont bon espoir que la CPTAQ – qui leur avait donné raison dans une décision préliminaire en janvier dernier – retiendra leurs arguments dans sa décision finale.