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L’éclosion de la maladie du cerf fou inquiète les chasseurs

Ils réclament l’abolition de tous les élevages de cervidés pour protéger la faune

Déjà affectés pour la crise du cerf fou en 2018, les éleveurs de cervidés ont perdu leurs principaux clients pendant la pandémie : les restaurateurs. Pour l’UPA, ces producteurs ont besoin d’aide plutôt que d’attaques « exagérées » des chasseurs.
Photo d'archives Déjà affectés pour la crise du cerf fou en 2018, les éleveurs de cervidés ont perdu leurs principaux clients pendant la pandémie : les restaurateurs. Pour l’UPA, ces producteurs ont besoin d’aide plutôt que d’attaques « exagérées » des chasseurs.

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Inquiets de l’explosion du nombre de cas de la maladie du cerf fou dans l’ouest du pays, les chasseurs du Québec veulent l’abolition des élevages de cervidés pour protéger la faune sauvage, mais Québec fait la sourde oreille.

« On croyait que les mesures en place étaient suffisantes au Québec pour éviter les risques sur le cheptel sauvage, mais l’apparition de la maladie en 2018 a montré que nous ne sommes pas protégés », plaide le biologiste Michel Baril, de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP).

En 2018, onze cerfs rouges abattus à la ferme Harpur Farms de Grenville-sur-la-Rouge dans les Laurentides se révélaient porteurs de la maladie débilitante chronique (MDC).

Cette maladie similaire à la vache folle est incurable et est impossible à contrôler une fois introduite dans l’environnement.

Harpur Farms a donc été forcée de mettre la clef sous la porte et une chasse massive a été organisée aux alentours pour éliminer toute bête potentiellement malade. Aucun autre cas n’a été détecté.

Mais ailleurs au pays, la maladie se répand comme une traînée de poudre, ce qui laisse craindre un déplacement d’animaux contaminés.

Explosion dans l’Ouest

Vingt fermes en Saskatchewan et en Alberta ont été infectées en 2020, contre neuf en 2019, d’après les données de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. En 2018, il y avait eu six fermes touchées, en comptant celle du Québec. 

« L’arrivée d’un autre cas peut survenir à tout moment », prévient la FQCP dans une lettre urgente adressée au ministre de la Faune du Québec en novembre, mais restée sans réponse.

Les chasseurs québécois se joignent à leurs collègues ontariens et à l’Alliance for Public Wildlife, une organisation de l’Ouest, qui militent depuis des années pour l’abolition des élevages.

Le biologiste et président de l’Alliance for Public Wildlife, Darrell Rowledge, explique que le stress engendré par la captivité chez les animaux sauvages et la modification de leur alimentation compromet leur système immunitaire.

Or, vivre en collectivité en enclos les expose à plus de pathogènes et de parasites que dans la nature. Pour l’Alliance for Public Wildlife, ces enclos sont des incubateurs et des amplificateurs de maladies qui engendrent des épidémies impossibles à contenir.

Drame humain

Mais Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), souligne que « les mesures de contrôle au Québec sont beaucoup plus strictes que dans l’Ouest ».

L’UPA souligne que tous les cervidés abattus doivent être testés et que la campagne d’abattage massive de 2018 a porté ses fruits.

« Il y a moyen de contrôler la maladie, comme on l’a fait pour la vache folle », dit M. Groleau. Éliminer des élevages, c’est aussi éliminer des éleveurs. C’est un drame humain. Ce sont des gens qui ont mis toute leur vie dans leur entreprise. Il n’y a rien qui peut compenser ça. » 

Qu’est-ce que la maladie débilitante chronique ?

  • La maladie du cerf fou est une maladie incurable semblable à la vache folle
  • Se traduit par des troubles dégénératifs progressifs
  • Due aux transformations d’une protéine en une forme altérée, appelée prion
  • Les prions se propagent dans les excréments, dans les fluides corporels et par contact direct