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Legault joue dans le «remake» d’un vieux film

Conféren de presse santé publique
Photo courtoisie, Émilie Nadeau François Legault

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La pandémie a dynamité les finances publiques de tous les gouvernements provinciaux.

Avant même la crise, les gouvernements provinciaux étaient déjà responsables des services les plus coûteux et en augmentation rapide : hôpitaux, CHSLD, soins à domicile, médicaments, etc. 

Ottawa paie 22 % de la facture totale en santé. Unanimes, les provinces lui demandent de payer 33 %.

Histoire

Quand l’assurance maladie fut créée, en 1966, le gouvernement canadien s’engageait à payer 50 % de la facture si les gouvernements provinciaux mettaient sur pied des régimes répondant aux conditions fédérales.

Au fil des décennies, le financement fédéral a fondu, mais les conditions sont restées et furent même resserrées par la loi de 1984.

Je trouve toujours un peu désolant de voir de jeunes journalistes présenter un dossier comme une nouveauté parce qu’eux s’y frottent pour la première fois. 

Lisez ceci :

« Le premier (Ottawa) lève plus d’impôts que ne le justifient ses responsabilités constitutionnelles, alors que les provinces ont des ressources plus limitées, mais gèrent des secteurs où les coûts sont en explosion, comme la santé, en plus d’être déjà fragilisées par les réductions dans les transferts financiers fédéraux. »

Qui a écrit cela ?

Votre humble serviteur, quand j’étais ministre des Affaires intergouvernementales, dans un petit livre publié... en 2001.

Lisez ceci :

« M. Bouchard, comme M. Harris, comme M. Filmon, comme M. Klein, comme tous les autres premiers ministres provinciaux sont obligés de gérer les coupures unilatérales [dans les transferts fédéraux en santé] d’Ottawa. »

Qui disait cela ?

Jean Charest, quand il était député conservateur à Ottawa... en 1997. Il visait... Jean Chrétien.

En jargon canadien, on appelle déséquilibre fiscal cette situation : les provinces ont des responsabilités coûteuses et une petite assiette fiscale, alors qu’Ottawa a peu de responsabilités dans les secteurs les plus dispendieux, mais infiniment plus d’argent.

Chaque fois, comme aujourd’hui, les provinces créaient un front commun pour demander à Ottawa de payer sa juste part.

Invariablement, l’unité s’effondrait quand Ottawa achetait la collaboration des provinces prêtes à s’agenouiller pour recevoir un chèque bonifié.

M. Legault s’imagine peut-être qu’en s’unissant pour parler d’une seule voix, les provinces ont un plus gros pouvoir de négociation, ce qu’on appelle à Ottawa le « bargaining power ».

Ah, oui ? Qui a dit ceci ?

« Il n’existe pas ce “bargaining power”. Il n’a jamais existé. À preuve, en 52 ans, on n’a pas rapatrié la Constitution, et il n’y a pas eu plus de pouvoirs donnés aux provinces. Au contraire, les deux seuls amendements, celui de 1940 et de 1953, ont accordé plus de pouvoirs au gouvernement fédéral. »

C’était Pierre Elliott Trudeau... en 1979.

Votes

Ottawa choisit toujours d’envoyer l’argent directement aux citoyens pour acheter des votes, puis lance ses propres programmes en se fichant des responsabilités constitutionnelles.

Il veut le faire de nouveau avec l’assurance-médicaments. 

Les responsabilités constitutionnelles ne sont importantes que lorsque le gouvernement fédéral le décide.

François Legault joue dans un « remake » d’un vieux, vieux, vieux film.

La fin est écrite d’avance.