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Lettre à mes filles (et à mon petit garçon)

Preschooler little girl drawing in living room
Photo Adobe Stock

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J’aimerais pouvoir dire à mes filles qu’en tout, elles sont égales.

J’aimerais pouvoir leur dire qu’elles grandiront en ayant les mêmes chances que leurs congénères masculins, qu’on les intéressera aux sciences et aux mathématiques et qu’on fera pousser dans leurs têtes les mêmes rêves qu’on cultive dans celles des garçons. 

  • Écoutez la chronique de Geneviève Pettersen avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

J’aimerais qu’elles puissent devenir Farah Alibay, Anne Hébert, Kamala Harris ou Billie Eilish. Ou rien pantoute, si ça leur chante.  

J’aimerais réussir à leur apprendre à s’aimer au complet, à s’aimer de toutes les formes et de toutes leurs forces et dans tous leurs états. Fières ou tristes. Grandes ou petites. Fortes ou faibles. 

J’aimerais qu’elles ne se comparent jamais négativement aux autres femmes et qu’elles admirent celles qui brillent. J’aimerais les convaincre que ce qu’elles ont ne leur enlève rien et qu’on n’est jamais aussi fortes qu'en étant unies. 

J’aimerais que mes filles gagnent autant que leurs collègues masculins sans que ce soit un combat. J’aimerais qu’elles négocient sans honte et qu’elles puissent se montrer ambitieuses sans qu’on cherche à les invalider. 

J’aimerais qu’elles ne soient pas celles qui, indubitablement, soient les plus frappées par la pauvreté et la précarité quand une crise survient. 

J’aimerais qu’elles puissent décider d’avoir ou non des enfants. J’aimerais qu’on leur crisse patience avec leur corps, en fait. J’aimerais qu’on arrête de le commenter, de le charcuter et de le forcer à entrer dans un moule unique. 

J’aimerais qu’elles puissent vivre leur sexualité sans tabou. J’aimerais qu’elles puissent en parler sans être perçues comme des mauvaises filles, celles qu’on ne présente jamais à sa mère, mais à l’intérieur desquelles on jouit en secret.

J’aimerais que mes filles n’aient pas peur de se faire agresser par un ami à côté duquel elles se seraient endormies après une soirée trop arrosée. J’aimerais qu’elles puissent marcher dans la rue sans avoir peur. J’aimerais qu’elles ne soient pas violées, battues et assassinées. 

J’aimerais que mes filles grandissent et puissent parler sans qu’on leur coupe la parole ou qu’on les fasse taire. J’aimerais que leurs mots soient entendus au même titre que ceux de leurs amis, de leurs chums, de leur père ou de leur frère. J’aimerais que leur parole ait autant de valeur dans l’espace public que celle des hommes. 

J’aimerais qu’elles soient toujours des alliées pour les femmes qui ne sont pas que des femmes, qui sont des femmes racisées ou incapacitées.

J’aimerais tout ça. Tellement. J’aimerais qu’on ait été capables collectivement de leur donner ça. À mes filles, à toutes nos filles.   

Sauf qu’à date, les statistiques nous démontrent clairement qu’on a échoué. Il y a tant à faire pour que je puisse un jour les regarder dans les yeux avec la certitude qu’en tout, elles sont égales. 

Alors j’aimerais surtout leur dire, à mes filles, et à mon petit garçon aussi, que l’avenir, elles le tiennent entre leurs mains.