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Harry et Meghan: pauvres petits lapins

Prince Harry & Meghan Markle
Photo Harpo Productions / Joe Pugliese

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Je vais peut-être dynamiter mon image de gars sérieux, mais je suis parvenu à un point où je m’en fous.

Je l’avoue : j’ai regardé l’entrevue accordée à Oprah Winfrey par Harry et Meghan, nos tourtereaux incompris.

Comment être chroniqueur dans un journal populaire si vous ne vous frottez pas à ce qui semble fasciner des milliards de personnes ?

J’alternais entre le rire, la pitié et le cynisme.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Fabrication

Le rire... tellement les ficelles étaient grosses, tellement les petites phrases acidulées avaient été conçues et répétées pour frapper le plus fort possible.

La pitié... tellement j’avais le sentiment d’avoir sous les yeux deux petits animaux de compagnie qui ont appris à divertir la galerie avec leurs petits trucs, qui songent à se rebeller, mais qui sont incapables de couper le cordon pour de bon.

Le cynisme... tellement je devinais qui, parmi les téléspectateurs, réagirait comment.  

Dès que nos pinsons ont évoqué leurs petits sentiments de fragilité psychologique, dès qu’ils ont soulevé la question raciale, j’ai su.

J’ai su que les plus âgés, comme moi, diraient : hey, ça va faire, pousse, mais pousse égal.

J’ai su que les plus jeunes, élevés dans un autre climat idéologique, tendraient à leur être plus sympathiques.

En invoquant le racisme, la solitude, la détresse psychologique, la tentation du suicide et le manque d’écoute empathique, Harry et Meghan appuyaient exactement sur les bonnes touches du piano pour émouvoir les gens qui les feront vivre dorénavant. 

On doit au philosophe allemand Herder la notion de zeitgeist : elle désigne « l’esprit d’une époque », l’air du temps, si vous voulez, c’est-à-dire tant les questions dominantes que les « bonnes » façons d’y répondre.

On en avait un superbe exemple dans cette entrevue.

En parlant de leur ressenti, de leur peine d’être de grands incompris, en le faisant de façon larmoyante, sur un ton intimiste totalement fabriqué, ils étaient sur la longueur d’onde parfaite pour avoir un impact maximal. 

Dès l’instant où l’allégation de racisme fut lâchée, j’ai su qu’il y aurait immédiatement des demandes d’enquête pour démasquer l’affreux personnage qui aurait fait de telles remarques sur les enfants du couple. 

Ça n’a pas tardé.

Lapins

Voici des jeunes qui capotent parce qu’on leur dit qu’ils n’auront pas droit à des gardes du corps payés par les contribuables.

Voici des jeunes qui voulaient monnayer leurs titres sans faire le travail qui vient avec et qui comprennent mal que cela dérange.

Voici des jeunes qui se plaignent de médias sans lesquels ils ne sont rien.

Voici un jeune homme qui se plaint de la lourdeur de ses fonctions officielles sans jamais avoir connu l’incertitude de devoir tracer sa propre voie à partir de rien.

Voici une jeune femme qui se plaint du climat étouffant qui vient avec sa belle-famille et qui nous dit sérieusement, à l’ère des réseaux sociaux, qu’elle n’a pas fait la moindre recherche préalable sur l’univers auquel elle allait se joindre.

Moi, moi, moi... Pauvres petits lapins.

Je n’aime pas notre époque. Cette entrevue m’a rappelé pourquoi.