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Soins palliatifs et aide médicale à mourir ne peuvent faire bon ménage

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La Maison Michel-Sarrazin de Québec, un des phares au Canada dans le domaine de l’accompagnement palliatif, vient de décider de permettre l’aide médicale à mourir dans ses murs. Elle cède ainsi aux pressions idéologiques du moment. Beaucoup s’en réjouissent, mais étant donné la nature du lieu, j’y discerne une très mauvaise décision.  

Jean de la Fontaine a écrit une fable inspirante pour décrire la situation de la maison de soins palliatifs. Elle a pour titre, Le lion malade et le renard. C’est l’histoire d’un lion alité dans son antre. Des représentants de toutes les espèces vont à son chevet. Seul le renard s’en garde, car il observe : «Je vois fort bien comme l’on entre, et ne vois pas comme on en sort!»

La sagesse du renard exprime la crainte partagée par les malades admis à la maison de soins palliatifs. Il y a de la lourdeur dans l’air, le jour où on franchit le seuil. Mais l’expertise des personnes investies au chevet de ces hôtes vulnérables est remarquable. Depuis longtemps, je constate leur délicatesse. Combien de fois ai-je été témoin du tact incomparable dont ils font preuve!

Un choix cornélien

C’est un art subtil et complexe, l’accompagnement palliatif. Ça ne s’improvise pas. Il faut se lancer, partager le quotidien d’un mentor d’expérience. À la longue, on devient passeur de passage, on développe comme l’écrit le poète Paul Valéry, « une sorte d’élégance dans les actes, une présence et une légèreté, où accompagner est une sorte d’œuvre, de poème, qui n’a jamais été écrit, mais que la sollicitude intelligente compose.1»

Les milieux palliatifs sont des microcosmes fragiles. Assurer une sollicitude intelligente dans le soin ne saurait tolérer l’amalgame. Ce n’est jamais une bonne idée de tout mélanger. Soins palliatifs et aide médicale à mourir ne peuvent faire bon ménage. Mais la loi, c’est la loi! Notre loi sur les soins de fin de vie octroyant le droit à l’euthanasie dicte la coutume et il devient difficile de préserver l’essentiel. Ainsi nos bouillons de culture palliative sont contaminés par la pression de mentalités inclusives s’étendant à vau-l’eau.

Photo Courtoisie

Résistance ou complaisance tel est le choix cornélien de l’heure. Opter pour la première comporte son lot de soucis et d’inconvénients. Il faut être ancré solidement dans les raisons de la posture. Cela exige du courage. Dans les faits, les pressions sont réelles. On menace de couper les subsides si on ne s’ajuste pas à l’intégralité des prescriptions de la loi. On promet des subventions généreuses en acceptant de le faire. On vous taxe subtilement d’insensibilité face à la souffrance des malades en vous assimilant à des figures passéistes aux coutumes rétrogrades. Il est bien difficile de ne pas céder, non ? Sans trop de cynisme, je dirais qu’il s’agit là de pressions qui tuent les conditions propices à un accompagnement avéré. Les maisons de soins palliatifs, comme la Maison Michel-Sarrazin sont des milieux de grande intimité, dont il est impérieux de protéger la culture.

Accompagner jusqu’à la fin

Cette concession à la rectitude politique de l’heure est une incongruité. Le bénéfice miroité d’une soi-disant compassion plus humaine ne saurait compenser les inconvénients collatéraux. L’alliance thérapeutique est mise à mal. C’est pourquoi historiquement les agents du soin palliatif ont toujours été réticents à l’euthanasie. 

Accompagner l’existence jusqu’à son terme sans le provoquer est irréconciliable avec la pratique de la mise à mort sur demande. Ce sont deux actes diamétralement opposés, dont les dispositions à les préparer le sont tout autant. Il est plus opportun de les faire dans des lieux séparés. Il en va non seulement de la préservation de cette culture du soin, mais aussi de son perfectionnement comme de son épanouissement. Les gens passent, les mentalités ne suivent pas toujours et garder le meilleur est loin d’être garanti. Ne doit-on pas se méfier de la présence du loup dans l’antre du lion?

Vous avez bien lu, je ne parle pas du loup dans la bergerie mais dans la tanière du roi des animaux. Jean de la Fontaine a écrit une autre fable sur ce thème. Son intitulé est : Le lion, le loup et le renard. Je vous laisse en découvrir la leçon surprenante.

Louis-André Richard, Ph. D.
Professeur de philosophie


1 Valéry Paul, Œuvres – Mélange, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, Paris, 1957, p.322.

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