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C’est une erreur de surprotéger nos jeunes

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Avant-hier, j’ai écrit que je n’aimais pas notre époque exhibitionniste, pleurnicharde et hypocrite.

L’entrevue de Meghan Markle et du prince Harry l’incarnait jusqu’à la caricature.

Je précise ma pensée.

Mes parents m’ont inculqué, moins par leurs paroles que par leur exemple, un petit nombre de convictions fondamentales.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Renversement

Les épreuves qu’on affronte et qu’on surmonte forgent le caractère et nous renforcent.

Les émotions sont importantes, légitimes, mais ne doivent pas prendre toute la place et doivent être tempérées par la raison.

L’être humain est complexe. Il faut donc être sensible aux nuances et ne pas tout voir comme un affrontement apocalyptique entre un Bien absolu et un Mal absolu.

Ce qui a traversé les siècles a prouvé sa solidité et, sans nécessairement l’approuver, doit être traité avec respect et dans un souci de comprendre sa raison d’être.

Les grands artistes, les grands entrepreneurs, les grands scientifiques, les grands dirigeants politiques ont traversé des épreuves, livré des combats qui les ont justement forcés à puiser dans le meilleur d’eux-mêmes.

Ils se sont souvent remis en question sans pour autant renoncer à leur nature ou à leur ambition.

Ils savaient d’où ils venaient. Quand ils rejetaient le passé, ils savaient exactement ce qu’ils rejetaient et pour quelles raisons.

Or, que voit-on aujourd’hui ? 

Un examen est difficile ? On le rend plus facile. 

Un livre dérange ? On l’enlève. 

Un débat incommode ? Le professeur s’excuse.

Un jeune exprime son ressenti, sa fragilité ?

Il faut s’incliner, ajuster son environnement, ne pas le braquer, ne surtout pas lui dire : hey, ça va faire, debout et marche.

Si ce jeune divise le monde en bons et en méchants, s’il voit de l’oppression partout, il ne faut pas le recadrer, mais plutôt s’interroger sur nos propres « biais inconscients ».

C’est peut-être lui, du haut de sa vaste expérience de la vie, qui voit plus clair que nous.

Tout cela est sans doute une conséquence d’une société dans laquelle beaucoup d’enfants sont élevés dans un confort douillet.

Les enfants qui grandissent en Afrique ou dans nos quartiers pauvres n’ont guère de temps pour sonder leur âme ou censurer des œuvres.

Ne me comprenez pas mal : je ne blâme pas les jeunes. 

Ce sont leurs aînés qui décident dans l’industrie des médias, dans le monde éducatif, dans les services sociaux.

Il n’est pas non plus facile d’avoir 20 ans aujourd’hui : avenir incertain, compétition académique, réseaux sociaux toxiques, etc.

Mais c’est justement parce que leur avenir sera difficile que la manière dont on s’y prend est mauvaise.

Erreur

Un proche me disait qu’au lieu de préparer les jeunes pour la route, on prépare la route pour eux.

Au lieu de les renforcer, de les armer pour la vie, on essaie d’enlever les incertitudes, on les surprotège.

Un muscle se renforce quand il est sollicité. S’il ne l’est pas, il s’atrophie. 

Cela vaut pour le caractère, non ? 

Désolé, mais nous allons dans la mauvaise direction.