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Recevoir du RRQ tout en travaillant après 60 ans, est-ce un bon choix?

Social security payments abstract concept vector illustrations.
Illustration Adobe Stock

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Réduire la cadence de travail à 60 ans et compenser la baisse de revenu en demandant la prestation du Régime de rentes du Québec (RRQ), ç’a tout l’air d’une bonne idée.

C’est le plan envisagé par Brigitte, mais un doute la tiraille, elle demande un avis. 

Comme je réponds souvent à des lecteurs, je ne suis pas placé pour offrir des conseils personnalisés. 

Toutefois, son questionnement est l’occasion de rappeler certains éléments de nature plus générale qui pourraient l’aider dans sa réflexion. 

Notre lectrice est loin d’être la seule à jongler avec ce type de scénarios, d’autant plus que le régime l’encourage, d’une certaine manière. 

Désormais fréquent

Il n’a pas toujours été possible de réclamer la rente à partir de 60 ans tout en demeurant sur le marché du travail. Pour la petite histoire, c’est en 1998 que le régime ouvre la porte. Cette possibilité est toutefois limitée aux personnes en « retraite progressive ». 

Pour y avoir droit, il faut alors démontrer que ses revenus ont diminué de 20 % à la suite d’une diminution du temps de travail.

En 2014, cette condition est abolie. Depuis, n’importe qui qui a contribué au RRQ peut demander sa rente à 60 ans. L’effet est immédiat, le nombre de nouveaux rentiers de 60 ans oscillait jusqu’alors entre 55 000 et 60 000 par année. En 2014, il a grimpé à près de 80 000 !

En 2018, on comptait plus de 330 000 bénéficiaires du Régime de rentes du Québec qui cotisaient en même temps au régime, donc des travailleurs qui touchent une rente. 

Font-ils bien ? 

Pour une grande majorité, on en doute. 

Une perte de revenu qui finira par arriver 

Une personne qui demande la rente à 60 ans se trouve durement pénalisée, sa prestation sera amputée de 36 % pour la vie par rapport à un bénéficiaire qui aura attendu à 65 ans. 

Financièrement, je ne vois que deux raisons valables de demander le RRQ le plus tôt possible :  

  1. Avoir une espérance de vie réduite.  
  2. Avoir de très faibles revenus (et être candidat au supplément de revenu garanti).   

Le problème avec le RRQ, c’est que la rente n’est pas modulable et que lorsqu’on la demande, la décision est irréversible. 

Brigitte doit réaliser qu’en voulant combler un manque à gagner immédiat, elle va en créer un qui l’affectera durant toutes ses années futures, à partir du moment où elle quittera le marché du travail. 

Elle pourra toujours compter sur l’arrivée éventuelle de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) à partir de 65 ans. 

La pension fédérale sera toutefois insuffisante pour compenser la disparition de son salaire et l’amputation de 36 % de sa rente du RRQ. 

Plutôt que de demander sa rente à 60 ans, elle devrait puiser dans son épargne (REER, CELI). Si elle n’en a pas assez, elle devrait songer à repousser le moment de ralentir.

COTISER DANS LE BEURRE  

  • Pour les revenus de travail excédant 3500 $, jusqu’à 61 600 $ (2021), une personne doit cotiser au RRQ. Dans le cas d’un travailleur qui a commencé à percevoir sa rente, ces contributions donnent droit depuis 2008 à un « supplément de rente » (avant 2008, il cotisait pour rien). 
  • Il faut 10 ans à un employé avant de récupérer ses cotisations. Ce n’est qu’après qu’il commence à profiter de ses efforts supplémentaires, mais bien modestement. Pour un travailleur autonome, qui paie la part des cotisations défrayée normalement par l’employeur, ça prendra presque 20 ans.