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Que faut-il pour apprendre à lire et à écrire ?

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Le nouveau programme pour les maternelles 4 et 5 ans fait fausse route lorsqu’on exige l’enseignement systématique des lettres et des sons. Les enfants entrent à l’école avec de grandes différences. Il faut respecter ces différences pour ne pas mettre l’enfant en situation d’échec. 

Outre le fait de mettre les enfants de 4 et 5 ans en contact quotidien avec la lecture et l’écriture par les histoires racontées et les messages écrits, que faut-il pour apprendre éventuellement à lire et à écrire ?

Il faut avoir confiance en soi, une bonne motricité globale et fine, une latéralité confirmée, un vocabulaire adéquat, une aisance en langage, être capable de se concentrer sur la tâche, d’attendre son tour, d’être flexible et d’inhiber ses impulsions. 

Des analphabètes fonctionnels

Or les enfants à la maternelle 4 ans et 5 ans ne possèdent pas ces préalables essentiels et le ministre de l’Éducation veut qu’ils apprennent les lettres et les sons !

Il faut aller voir les directions d’école qui constatent avec stupeur que de très nombreux enfants qui ont appris à décoder (B + A = BA) à la maternelle arrivent en 3e année du primaire sans comprendre ce qu’ils lisent. C’est exactement ce qui en fera des adultes analphabètes fonctionnels. 

Le nouveau programme veut dépister et aider les enfants qui se portent mal à la maternelle. Voici, à mon avis, ce qu’il faut faire : 

1° Offrir des services d'orthophonie, de psychoéducation et de psychologie. La pandémie n’a fait qu’exacerber les problèmes préexistants. En langage, les enfants en CPE et à la maternelle manifestent des retards beaucoup plus graves qu’à l’habitude, car à cause du port des masques des éducatrices, ils n’ont pas pu voir leur bouche, ce qui est essentiel pour apprendre. 

Ce n’est pas devant leurs écrans et en distanciation que les enfants ont développé les habiletés sociales d’interaction avec leurs camarades. L’aide des psychoéducatrices déjà essentielles le sera encore plus. 

Les psychologues seront nécessaires pour traiter de jeunes enfants qui manifestent des signes de dépression et d’anxiété comme jamais auparavant.  

2° Offrir des activités quotidiennes de psychomotricité, « car elles facilitent les apprentissages scolaires, elles renforcent les habiletés intellectuelles de base et favorisent la représentation mentale des actions, des objets, des opérations, etc., qui permettent d’acquérir des connaissances et de contribuer au développement des compétences en écriture, en lecture et en mathématiques. » (APRIL et CHARRON, 2013) 

3° Remettre les arts au cœur de l’apprentissage des tout-petits, car les arts sont un langage universel qui fait du bien, qui développe la confiance en soi, la créativité, la résolution de problème, qui répare le mal-être. Donner de la formation continue en arts plastiques, en théâtre et en danse. Offrir aux enfants de maternelle des cours de musique et encourager la pratique quotidienne d’activités musicales. 

4° Équiper les maternelles existantes du mobilier approprié et de tout le matériel nécessaire. À travers le Québec, de trop nombreuses classes de maternelle 5 ans sont sous-équipées. Dans plusieurs écoles, les bibliothèques ont dû fermer pour donner leur local, entre autres, à une maternelle 4 ans.

C’est ainsi, à mon humble avis, fondé sur 37 ans d’enseignement et plus de 10 ans en mentorat, que sera assurée la réussite scolaire de tous les enfants de 4 et 5 ans.

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Photo courtoisie

Danielle Jasmin, Enseignante à la retraite, ex-chargée de cours UQAM et U de M.

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