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L’emploi... un an après le début de la pandémie: douze mois de montées et de piqués

Un couple de professionnels de l’aviation n’a pas eu le choix de s’adapter alors que l’industrie bat de l’aile

Pilote et agent de bord et perte d'emploi
Photo courtoisie Terry Bayer, agente de bord pour Air Transat, travaille comme préposée au Sommet Saint-Sauveur depuis novembre dernier après avoir occupé un poste de caissière dans une pépinière de Prévost. Son conjoint, Patrice Roy, qui est normalement pilote pour la même compagnie, deviendra camionneur pour le transporteur DHL lundi.

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Un couple des Laurentides formé d’une agente de bord et d’un pilote d’Air Transat ont passé la dernière année à alterner du travail à 35 000 pieds d’altitude et des emplois les deux pieds sur terre.

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« On a joué au yo-yo ! » résume Terry Bayer, 52 ans, agente de bord chez Transat depuis 1993.

Mme Bayer a été mise à pied une première fois au début avril, peu après la fermeture des frontières. Son conjoint, Patrice Roy, pilote chez Transat depuis 1996, a été mis au chômage quelques semaines plus tard.

Tous à la pépinière

En discutant avec des collègues, ils ont appris que la pépinière Lorrain de Prévost avait un besoin urgent de main-d’œuvre. Du jour au lendemain, Mme Bayer est devenue caissière tandis que M. Roy s’est retrouvé à l’accueil à s’assurer du respect des règles sanitaires par les clients.

« À un moment donné, on était 14 de Transat à travailler là », s’amuse Patrice Roy, 53 ans.

Avec la reprise des vols au début de l’été, les deux amoureux ont retrouvé le ciel : le pilote à la mi-juin et l’agente de bord, en juillet. Un retour à une normalité qui n’en était pas vraiment un.

En octobre, Terry Bayer s’est brièvement exilée à Vancouver pour continuer à travailler. Mais, le mois suivant, le scénario du printemps s’est répété : elle a été mise à pied.

Mme Bayer s’est alors tournée vers la station de ski Sommet Saint-Sauveur, qui cherchait des préposés.

« Du service à la clientèle, c’est du service à la clientèle, lance-t-elle. J’aime ça, mais je m’ennuie quand même de mon vrai métier d’agente de bord. »

Talents cachés

Comme son emploi doit prendre fin à la fin du mois, elle est déjà à la recherche d’un nouveau poste. Air Transat ne prévoit pas reprendre ses vols avant juin. 

« La COVID, ce n’est pas drôle, mais en même temps, ça nous force à développer d’autres aptitudes », souligne Mme Bayer.

De son côté, M. Roy a été mis à pied le 26 février, peu de temps après la suspension par les compagnies aériennes de leurs liaisons vers le sud, à la demande du gouvernement Trudeau. 

Lundi, il imitera plusieurs autres pilotes québécois en s’installant au volant d’un poids lourd du transporteur de marchandises DHL.

Plus dur pour les jeunes

Terry Bayer et Patrice Roy se sont connus chez Transat en 1996. Ils ne se sont jamais trop inquiétés du risque associé au fait qu’ils ont tous les deux le même employeur.

Leur attachement à l’aviation est profond: les parents de Terry ont fait carrière chez Air Canada tandis que ceux de Patrice ont travaillé chez Québecair. Et leurs deux enfants, aujourd’hui jeunes adultes, veulent tous deux devenir pilotes.

« On n’aurait jamais pensé qu’on allait stationner les avions et dire à tout le monde d’arrêter de voyager pendant 13 mois », rappelle M. Roy, en déplorant qu’Ottawa n’ait toujours pas annoncé de plan d’aide pour le secteur aérien.

Comme ils jouissent d’une grande ancienneté, ils ont moins souffert de la crise que d’autres. 

« J’ai des collègues qui ont beaucoup plus de misère que nous autres, note Patrice Roy. C’est pas rose. Il y en a qui se mettent à pleurer quand je leur demande juste comment ça va... »

Au début de la pandémie, le couple a vendu sa maison pour s’acheter une propriété plus modeste, ce qui lui a permis de réduire ses dépenses.

« On est capables de s’organiser. Je ne veux pas que personne ait pitié de nous, insiste M. Roy. Au pire, je travaillerai quelques années de plus. Au lieu d’arrêter à 65 ans, je continuerai jusqu’à 92 ! »

Pour les plus jeunes, c’est plus compliqué : la plupart des analystes prévoient qu’il faudra au moins cinq ans à l’industrie pour retrouver son niveau d’activité de 2019.

« Les jeunes me disent tous qu’ils vont aller finir leur bac avant de revenir voler pour avoir une porte de sortie », relate Patrice Roy.

« Pour eux, ce n’est pas juste une perte d’emploi. C’est possiblement une perte de carrière », constate avec tristesse Mme Bayer. 

« On disait tout le temps qu’on était dans le fond du baril et la semaine d’après, c’était encore une autre horreur, on continuait à descendre. Mais là, je pense qu’on commence à s’en sortir tranquillement. »

– Patrice Roy, pilote, Air Transat