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Un passé lourd de conséquences

Arnaldur Indridason
Photo courtoisie, Philippe Mastsas - Métailié Arnaldur Indridason

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Avec La pierre du remords, l’Islandais Arnaldur Indridason signe le troisième tome de la série Konrad. Et on aurait des remords à ne pas le recommander aux amateurs de polars nordiques.

Il y a deux ans, avec Ce que savait la nuit, l’écrivain islandais Arnaldur Indridason amorçait une toute nouvelle série dont le héros, prénommé Konrad, a longtemps travaillé à la Criminelle de Reykjavik. 

« Je souhaitais écrire sur un policier né dans la capitale et non à la campagne comme le commissaire Erlendur, le héros de mon autre série, précise par courriel Arnaldur Indridason. Konrad, qui a grandi en ville et ne pourrait pas vivre ailleurs, est un vrai citadin. Il est aussi très bon détective, mais il a un défaut : il ne se soucie pas toujours de respecter les règles. C’est un aspect de lui sur lequel j’aime bien m’attarder pour voir de quelle manière cela va affecter son travail de policier. »

Ou plutôt d’ex-policier, puisque Konrad est à la retraite depuis quelques années déjà. Du moins sur le papier. Car, dans les faits, on ne peut pas dire qu’il se la coule douce tous les jours. Il n’y a d’ailleurs qu’à lire La pierre du remords, le troisième volet de la série, pour s’en rendre compte assez vite. 

Profonds regrets

<strong><em>La pierre de remords</em><br>Arnaldur Indridason</strong><br>Éditions Métailié<br>352 pages
Photo courtoisie
La pierre de remords
Arnaldur Indridason

Éditions Métailié
352 pages

Les premières pages de ce nouvel opus sont étonnantes. Ayant l’impression de visionner un film, on peut suivre du regard tout ce que font les habitants d’un immeuble de Reykjavik. Une jeune femme qui fume à la fenêtre, un couple de quinquagénaires qui écoute la télé, des parents qui se disputent, un voisin incommodé par leurs cris, une vieille dame qui se fait assassiner sous nos yeux par un inconnu. 

Sans surprise, l’essentiel de l’histoire va ensuite tourner autour de ce meurtre. Quelques mois plus tôt, cette vieille dame avait, en effet, contacté Konrad dans l’espoir qu’il accepte de l’aider à retrouver son enfant abandonné à la naissance. Mais pour toutes sortes de raisons, Konrad préférera refuser. Et il le regrettera amèrement en apprenant sa mort tragique. Tellement qu’il décidera de tout faire pour retrouver cet enfant qui, selon ses calculs, devrait maintenant avoir 47 ans. 

« Je ne pourrais pas dire exactement comment l’intrigue de La pierre du remords m’est venue à l’esprit, explique Arnaldur Indridason. Ça a peut-être été l’image d’une femme seule et silencieuse assise dans un musée avec, autour d’elle, des statues de mères serrant leur enfant. Ou peut-être que ça a été le numéro de téléphone de Konrad qui a été trouvé dans son appartement après qu’elle ait été assassinée, et le fait qu’il n’ait pas voulu l’aider à retrouver son enfant perdu. »

Quoi qu’il en soit, les remords sont au cœur de tout. Les remords d’une femme qui a trop attendu avant de chercher à savoir ce qui est advenu de l’enfant qu’elle n’a pas pu garder, les remords de l’homme qui n’a pas accepté de la seconder dans ses recherches. 

Le meurtre qui hante Konrad

En parallèle, Konrad va également continuer à enquêter sur la mort de son propre père, un sale type qui a été poignardé en 1963 non loin d’un abattoir. 

« Le père de Konrad était un criminel et un perdant, quelqu’un de violent et de très difficile à vivre, souligne Arnaldur Indridason. Quand on grandit auprès d’un père pareil, quel genre d’homme devient-on ? Qu’est-ce qu’on en retire ? L’histoire de ce père assassiné occupe une grande place dans les livres de cette série. Tout comme les démarches que Konrad va faire pour tenter de découvrir l’identité de son meurtrier, qui n’a encore jamais été arrêté. »

De son vivant, le père de Konrad organisait des séances de spiritisme truquées avec l’aide d’un médium sans scrupule, ce qui leur aurait permis de se faire un peu d’argent sur le dos de ceux et celles espérant communiquer avec un proche dans l’au-delà. 

« La question de la croyance aux fantômes et à l’au-delà est très importante dans la vieille Islande, et j’ai tenu à m’y intéresser de plus près avec l’introduction d’Eygló, l’amie médium de Konrad. Je ne crois ni aux fantômes ni à l’au-delà, mais le sujet est passionnant et offre aux écrivains toutes sortes d’avenues pour explorer l’esprit humain. »

La preuve, Arnaldur Indridason nous assure qu’on pourra lire au moins deux autres tomes de la série Konrad. 

« Je travaille présentement sur le cinquième livre de la série, et on verra combien il y en aura en tout. Pour moi, Konrad est toujours aussi intéressant, et c’est bon signe. Ça me donne l’envie d’explorer aussi un peu plus son univers... »