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Acheter une première maison à 60 ans, non, ce n’est pas un péché

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Illustration Adobe Stock

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Les canons de la finance personnelle ont perpétué l’idée que l’accession à la propriété devait se produire dans une fenêtre bien précise, quelque part entre 25 et 40 ans. Après ça ? Hiiiish, c’est tard !

Ça n’a rien à voir avec la fécondité des acheteurs, mais plutôt avec la période d’amortissement standard des prêts hypothécaires : 25 ans.

Que donne 25 plus 40 ? 65 ! Et que nous rabâchent les curés depuis toujours ? Qu’il faut entrer dans la retraite (65 ans) libre de dettes !

Lorsqu’on voit aujourd’hui un cinquantenaire recourir au régime d’accès à la propriété (RAP), ça nous paraît aussi incongru que s’il faisait des steppettes sur TikTok sur une toune de Cardi B. On se dit que ce n’est plus de son âge.

Yves Ferragu ne s’en formalise pas, lui. Il vient de dégoter un prêt hypothécaire pour un couple âgé de 80 ans ! 

« Ils étaient dans une résidence pour personnes âgées, et avec la COVID, ils n’en pouvaient plus d’être enfermés chez eux », raconte le courtier hypothécaire de Multi-Prêts. 

Et vous savez quoi ? Les octogénaires ont acheté un condo à l’aide d’un prêt amorti sur... 25 ans !

Tiens les jeunes ! (Et les curés !)

Payer pour se loger

Accéder à la propriété, ça n’a pas tant rapport avec l’âge qu’avec les moyens, et les moyens, c’est souvent les gens plus âgés qui les ont.

Pour un même logement, les coûts de location et d’achat ne diffèrent pas tellement, même en tenant compte du fait que le propriétaire retrouvera une partie de son argent. 

On a tendance à oublier que la propriété occasionne des dépenses qu’on ne récupérera jamais, comme les frais d’entretien ou les contributions à un fonds de prévoyance, ainsi que les taxes et les intérêts hypothécaires.

Elle a cependant cet avantage indéniable qu’elle permet d’aménager son habitation à son goût. Aussi, l’offre sur le marché reste encore beaucoup plus variée pour les acheteurs que pour les locataires. L’achat ouvre la porte à plus de possibilités.

Lorsqu’on quitte un loyer en vue d’acquérir une maison ou un appartement, il ne faut pas se leurrer, c’est moins pour s’enrichir que pour améliorer son confort. Si on part d’un haut de duplex qui n’a pas été rénové depuis 25 ans pour un condo neuf dans une copropriété avec ascenseur et piscine, on ne le fait pas pour épargner de l’argent, car ça coûtera plus cher.

Alors, qu’on soit âgé de 35 ans ou de 65 ans, ça restera toujours une question de moyens. 

« C’est souvent plus facile à évaluer quand on approche de la retraite, car on connaît nos revenus et notre coût de vie », explique Éric Brassard, CPA et planificateur financier, associé au cabinet de services financiers Brassard Goulet Yargeau, de Québec.

Une hypothèque à la retraite ?

Les institutions financières ne rechignent pas à consentir des hypothèques aux gens de l’âge d’or, pour autant que ces derniers démontrent leur capacité à rembourser.

Avec de jeunes acheteurs qui se présentent avec une maigre mise de fonds, les prêteurs utiliseront des ratios plus sévères. 

« Mais à partir du moment où l’acheteur arrive avec 35 % et plus de mise de fonds, la banque peut prêter à des ratios plus élevés, donc plus accommodants pour l’acheteur », affirme le courtier Yves Ferragu.

Selon lui, ce sera toujours plus simple de se qualifier en achetant avant la retraite, car les ratios sont calculés à partir des revenus, habituellement plus hauts dans la vie active. 

Mais un retraité avec un bon dossier de crédit et des comptes de placements bien garnis trouvera toujours un prêteur disposé à le satisfaire, même si ses seules entrées d’argent se limitent au Régime de rentes du Québec et à sa pension de la Sécurité de la vieillesse.

Le coût de renonciation

La mise de fonds nécessaire représente tout de même un beau paquet d’argent soudainement immobilisé dans une propriété. La somme se trouve prisonnière de la maison et elle peut difficilement servir à autre chose, ce qui peut être fâcheux... à moins d’avoir prévu une marge de crédit hypothécaire au moment de négocier le prêt.

Un must, selon Éric Brassard : « Si ma maison vaut 500 000 $ et qu’elle est en bonne partie payée, si la marge permet de sortir 10 000 $ de temps en temps pour faire des voyages au cours de sa retraite, pourquoi s’en priver ? »

Trop de retraités renoncent à leurs rêves parce qu’on leur a inculqué l’idée qu’il fallait quitter la vie active sans dettes et mourir avec une maison payée.