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Casser le tourisme de masse

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Des compagnies aériennes demandent l’instauration d’un passeport vaccinal. Elles ont hâte de recommencer à profiter du tourisme de masse. Et si, plutôt, on interdisait le tourisme de masse ou qu’au moins, on cessait de le promouvoir ?

Sous la pression du tourisme de masse, le Vieux-Québec est devenu un Disneyland minable d’où les Québécois ont été chassés par le bruit, les loyers exorbitants et la pénurie de commerces de proximité. 

L’été, certains villages ressemblent à des prostituées. À Montréal, le tourisme de masse a fait monter les prix des loyers, tandis que les festivals de toutes sortes se succèdent et s’additionnent jusqu’à donner la nausée. 

Les compagnies aériennes et les autres grands joueurs de l’industrie du tourisme de masse sont non seulement pressés de faire à nouveau des profits, mais ils redoutent que le tourisme de masse s’atrophie pour de bon.

La donne change

C’est que les économies se réorganisent. Le vide laissé par le tourisme de masse est comblé par d’autres activités, surtout dans les économies comme la nôtre, qui manquent de main-d’œuvre.

Mais il y a davantage. Joe Biden a signé un décret qui demande aux agences fédérales de trouver rapidement des méthodes de calcul de tous les coûts engendrés par les activités qui émettent des gaz à effet de serre, y compris les services. Les membres de l’Union européenne avancent dans la même direction.

En d’autres termes, les prix des billets d’avion pourraient s’envoler. Les coûts réels du tourisme de masse, jusqu’à présent ignorés, pourraient devenir très lourds. Combien de gaz à effet de serre produit un touriste en termes de transport, d’air conditionné, de repas, de contribution à l’étalement urbain ? 

On pourrait ajouter : quels sont les coûts de la destruction du tissu local et de la culture locale ? Quelles sont les activités qui auraient pu se développer et qui ne l’ont pas été à cause du tourisme de masse ?

Occasion en or

Pourquoi ce tourisme de masse ? Pour de l’argent qui enrichit en particulier des compagnies de croisières, des compagnies aériennes, quelques chaînes de restauration et quelques chaînes hôtelières. Les employés qui y travaillent sont en général mal payés. 

Nous pourrions laisser le marché décider. Et il est vrai que notre économie souffrira moins que les autres en raison de notre hydroélectricité. 

Mais nous avons une occasion en or de nous débarrasser du tourisme de masse sans attendre que le marché décide. Par exemple, le Vieux-Québec pourrait être repeuplé avec des familles, des PME et des commerces non touristiques. Il suffirait de quelques règlements municipaux judicieux et de quelques subventions, notamment pour refaire des logements. Il faudrait aussi interdire les bateaux de croisière, qui, de toute manière, risquent de disparaître.Tous les Québécois y gagneraient. Un tourisme normal pourrait rapidement reprendre sa place. Sinon, nous risquons de payer cher la lente agonie du tourisme de masse.