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Le monde de la bouffe changé pour longtemps

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Plusieurs citoyens semblent vouloir fuir les centres urbains. Le marché immobilier des régions surchauffe, autant au Québec qu’ailleurs. 

À Toronto, à Vancouver, à Halifax, partout, la demande pour des maisons à l’extérieur des centres urbains explose. Deux logiques principales semblent à l’origine de cette mutation spectaculaire. 

D’une part, la pandémie a forcé certaines personnes à redéfinir l’importance de l’espace qui les entoure et de leur proximité avec les autres au quotidien. Être encabané en ville pendant plusieurs mois fait réfléchir. 

L’autre variable déterminante à surveiller réside dans l’émergence du télétravail. Pour le secteur agroalimentaire, la possibilité de travailler davantage de la maison risque de changer bien des choses.

Nouvelles connaissances

Le télétravail offre également à beaucoup la possibilité de s’évader des entreprises et du trafic chaotique qui caractérise très souvent les villes. 

Le phénomène du travail à domicile induit par la pandémie ne disparaîtra pas de sitôt. Plusieurs sondages suggèrent que près d’un quart des employeurs au Canada prévoient de laisser leurs employés travailler la plupart du temps à domicile après la fin de la pandémie. L’héritage de la COVID-19 consistera à amener plus de personnes à travailler à domicile, plus souvent.

Beaucoup plus sédentaires, nous consommerons de la nourriture différemment. Nos ambitions culinaires à la maison ont changé depuis mars 2020, c’est évident. Avec plus de cuisine et même de jardinage, les Canadiens acquièrent des connaissances culinaires. Un public plus intelligent et mieux informé sur les systèmes alimentaires achètera les aliments différemment. Les épiciers devront revoir leur stratégie immobilière. Les restaurants ne sont pas non plus à l’abri de ce qui se passe.

Restauration

En restauration, même chose. La chaîne américaine Starbucks annonçait récemment la fermeture de 300 magasins d’ici la fin du mois de mars. La plupart de ces points de vente se trouvent dans des centres commerciaux et, bien sûr, dans les centres-villes. 

En moyenne, un Starbucks génère des revenus d’environ 600 000 $ par an. Il s’agit, en gros, de 150 à 180 millions de dollars qui seront dépensés autrement, ailleurs.

Plus important encore, c’est moins d’argent dépensé dans les centres urbains. Sur 98 000 restaurants, environ 15 000 ont fermé depuis le début de la pandémie, selon Restaurants Canada. Certains ont fermé définitivement. Sur quelque 15 000 fermetures, plus de 90 % sont survenues dans des centres urbains de plus de 200 000 habitants.

Comme pour les autres entreprises du domaine de la restauration, Starbucks ira probablement là où se trouve l’argent. 

Autre fait très important, cet argent soudain libre comme l’air est détenu par de jeunes consommateurs dont l’influence économique ne peut qu’augmenter avec le temps. 

Alors que nous quittons lentement une ère de pandémie, de plus en plus d’entreprises alimentaires devront ajuster la façon dont elles vendent au détail et desservent un marché alimentaire en transformation. 

Ce mouvement vers le Québec rural, cependant, pourrait également être une occasion pour certains exploitants indépendants oubliés qui opèrent dans l’ombre des centres-villes partout au pays. Ces restaurants et ces détaillants indépendants pourraient bénéficier d’un second souffle dans ces points de vente plus périphériques. 

Avec ces changements, le Québec rural pourrait vivre une renaissance, ce qui n’est pas nécessairement une mauvaise chose. 


♦ Sylvain Charlebois est directeur du Laboratoire d’analytique en agroalimentaire de l’Université de Dalhousie.