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Informatique: nos gouvernements pris en otage

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Pendant l’année précédant la pandémie, dernière année « normale », le gouvernement du Québec a versé autour de 2 milliards de dollars sans appels d’offres à des firmes privées.

En langage clair, sans appels d’offres signifie sans concurrence, sans examiner sérieusement s’il n’y a pas un autre fournisseur qui pourrait faire mieux ou à meilleur prix.

Les géants de l’informatique et des télécommunications sont parmi les plus gros bénéficiaires de cette manne : Telus, Microsoft, Bell, Oracle, Novipro, etc.

  • Écoutez la chronique de Joseph Facal avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Dépendants

Pourtant, le désastre informatique ne donne aucunement l’impression d’être en voie d’être réglé. 

C’est si catastrophique, depuis si longtemps, que Le Journal fait du bordel informatique une rubrique permanente. 

Quand j’étais président du Conseil du trésor, au tournant des années 2000, rien ne me mettait davantage une boule dans l’estomac que d’apprendre qu’on devait me parler du « dossier informatique ».

C’était inévitablement une mauvaise nouvelle. 

Et ce n’est pas mieux à Ottawa.

Phénix, le système de paie des fonctionnaires fédéraux envoie, depuis des années, des talons de paie à des dizaines de milliers d’employés retraités, décédés ou renvoyés. 

Dans le domaine informatique en particulier, nos gouvernements sont tenus en otages par ces firmes.

François Legault est le dernier en date à dénoncer la situation, mais rien ne change.

Cette dépendance semble même de pire en pire.

Le montant des contrats donnés sans appel d’offres, pas seulement pour l’informatique, a doublé en quatre ans.

En 2019, ce montant était de 42 % plus élevé que l’année précédente. 

Au gouvernement du Québec, parmi les 655 personnes chargées de gérer l’informatique, 259 sont des consultants de firmes privées.

Pendant ce temps, des milliers d’emplois de fonctionnaires dans le domaine informatique restent inoccupés parce que le secteur privé paie beaucoup mieux.

Le professeur Clay Christensen, de Harvard, avait jadis expliqué très simplement le succès de ces firmes de consultants. 

Le gouvernement n’a pas de connaissances dans un domaine précis. Il embauche donc une firme privée.

Mais le gouvernement ne sait pas vraiment ce qu’il vient d’acheter puisqu’il recherche des connaissances dont il admet être dépourvu.

Il se fie à la réputation du fournisseur ou doit vivre avec le fait que celui-ci est souvent le seul disponible.

Dès lors, le consultant définira lui-même les besoins de son client. Hmm...

Le gouvernement pourra difficilement juger la qualité du travail du consultant. Hmm...

Quand le système « plante », qui peut le réparer ? Seulement celui qui l’a installé. Hmm...

Cynisme

Des consultants œuvrent au sein du gouvernement depuis tant d’années qu’on finit par oublier que ce ne sont pas des fonctionnaires. 

Le gouvernement, lui, se croise les doigts en espérant que la firme ne soit pas uniquement guidée par le désir de facturer le plus d’heures possible. Ouais...

Nous avons jadis défriché des forêts, dompté des rivières, fait naître des villes, mais nous ne sommes pas foutus aujourd’hui d’avoir des ordinateurs qui fonctionnent.

Il y a des fois où je suis tenté de rejoindre le camp des cyniques à temps plein.