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Netflix ou l’art de se faire des amis

Reed Hastings, cofondateur et directeur de Netflix.
Photo AFP Reed Hastings, cofondateur et directeur de Netflix.

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Reed Hastings, le grand patron de Netflix, a sûrement lu Dale Carnegie, le gourou américain de l’amitié rentable.

Moins populaire qu’à l’époque, How to Win Friends and Influence People, best-seller de Dale Carnegie, continue d’influencer les entrepreneurs qui veulent devenir millionnaires. Trouvant que son mari manquait d’ambition, maman lui avait acheté le fameux livre de Carnegie, mais papa n’a pas dû le lire, car il est mort sans le sou !

Ce n’est pas le cas de Hastings. L’homme, qu’on dit froid comme une lame, sait « se faire des amis et influencer les gens ». En quelques décennies, le fondateur de Netflix est devenu l’un des hommes les plus riches de la planète. Au lieu de se braquer comme Zuckerberg lorsqu’il est question d’imposer des limites à Facebook, Hastings accueille toutes les contraintes d’un air faussement résigné.

C’est parce qu’il est fin renard que l’ex-ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, est revenue triomphante de sa rencontre avec Hastings en octobre 2017. Il lui avait promis d’investir 500 millions de dollars sur cinq ans au Canada en échange de la TPS qu’il ne percevrait pas. S’il a dépensé au Canada plus que les 500 millions promis, une grande partie de la somme n’a pas été investie dans du contenu canadien.

DES LARGESSES PROFITABLES

Les « largesses » de Hastings n’ont pas cessé depuis. En août 2018, il a nommé Stéphane Cardin pour diriger les affaires réglementaires de Netflix et ses relations avec l’industrie canadienne. Même si le mandat de Cardin est flou, Netflix a désormais au pays un responsable. Pour apaiser les francophones, l’astucieux Cardin a acquis les droits de quelques émissions québécoises, dont l’excellente série M’entends-tu?, et produit le long métrage Jusqu’au déclin. Quoique médiocre, le film a été vu par plus de 21 millions de spectateurs.

Sitôt en poste, Stéphane Cardin a créé avec Téléfilm et le Fonds des médias un programme de perfectionnement pour les producteurs et créateurs francophones en milieu minoritaire. Dans le même temps, à Banff, il a dévoilé une entente avec trois organisations autochtones : le Wapikoni mobile, le festival imagineNATIVE et le Bureau de l’écran autochtone. Ce n’est pas tout. Cardin a garanti des aides financières aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, à Québec Cinéma, au Centre canadien du film et au festival LGBT Inside Out.

NETFLIX A GROS À PERDRE

Netflix ne rate pas une occasion. Pour la Journée de la femme, lundi dernier, la vice-présidente Bela Bajaria a annoncé que les premiers cinq millions $ d’un nouveau fonds annuel de 20 millions $ destinés aux créateurs de tous les pays seraient consacrés en exclusivité aux femmes.

De tous les géants, Netflix est celui qui se montre le plus accommodant. Ce n’est pas sans raison. C’est celui qui aura le plus à débourser si jamais le CRTC réussit à lui faire verser un quelconque pourcentage de ses revenus canadiens pour la production de contenu original d’ici. C’est la mission presque impossible dont héritera le CRTC auprès des géants du net si le projet de loi C-10 est adopté.

Mais ne versons pas une larme sur le sort de Netflix. Les 700 ou 800 millions $ dépensés au Canada en cinq ans furent récupérés en 15 ou 16 mois des revenus de nos abonnements. Par rapport à ses abonnements mondiaux, Netflix récupère une pareille somme en moins de 10 jours. Il lui reste de quoi se faire encore beaucoup d’amis !