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Un prêt, c’est bien, des actions c’est mieux

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Avec l’entrée prochaine de Lion Électrique en Bourse à la suite de sa fusion avec l’américaine Northern Genesis Acquisition Corp., ses trois principaux actionnaires, soit Power Energy Corporation (45 %), filiale de la multinationale Power Corp. de la famille Desmarais, le XPNDCroissance Fund d’Alexandre Taillefer (11,3 %) et le fondateur de Lion Marc Bédard (18,7 %), ont frappé le jackpot. Un très gros jackpot.

La capitalisation boursière pro forma de Lion Électrique, un fabricant québécois d’autobus et d’autres véhicules urbains électriques, est évaluée en ce moment à 1,9 milliard de dollars américains (2,4 milliards $ CA), multipliant nombre de fois les mises de fonds initiales de ses gros actionnaires actuels.

Cela étant dit, nos premiers ministres Justin Trudeau et François Legault étaient fiers d’annoncer conjointement hier qu’ils injectaient des fonds publics dans la construction de la nouvelle usine de batteries et du nouveau centre d’innovation de Lion Électrique. 

Sur les 185 millions de dollars qu’il en coûtera à Lion Électrique pour construire cette usine et ce centre d’innovation, 100 millions $ proviennent des gouvernements Trudeau et Legault sous forme de prêts, dont 30 millions $ en « prêts pardonnables », lesquels se transformeront en subventions si les conditions sont respectées.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

LA SOLUTION

Que les gouvernements de Québec et d’Ottawa injectent des fonds publics dans les entreprises québécoises pour les aider à se développer, tout en créant ou maintenant des emplois, c’est défendable. 

Maintenant, entre octroyer des subventions ou des prêts gouvernementaux et investir dans le capital-actions des entreprises, il m’apparaît nettement plus prometteur de privilégier l’injection de fonds publics dans le capital-actions des entreprises et ainsi obtenir des actions en retour de l’investissement gouvernemental.

Pourquoi ? Parce que si l’entreprise va bien, elle est appelée à voir sa valeur augmenter sensiblement, et dans un tel cas, tous les actionnaires vont s’enrichir, dont les gouvernements, s’ils détiennent des actions.

Si l’entreprise tourne mal, tous les actionnaires vont évidemment se retrouver perdants. Y compris les gouvernements. Mais dans le cas des gouvernements, il ne faut pas perdre de vue qu’avec les subventions, l’argent est de toute façon non récupérable (peu importe que l’entreprise aille bien ou mal), et avec les prêts, ils risquent de ne pas se faire rembourser, en totalité ou en partie.

L’IMPARDONNABLE

Les gouvernements Trudeau et Legault font preuve d’une grande générosité envers des entreprises en leur octroyant des « prêts pardonnables », lesquels prêts, comme je le mentionnais précédemment, se transforment finalement en « subventions » lorsque les entreprises bénéficiaires respectent certaines conditions.

Je vous avoue que je n’aime pas du tout cette formule à la mode.

Notre ministre de l’Économie et de l’Innovation Pierre Fitzgibbon a distribué plusieurs prêts pardonnables depuis qu’il contrôle le ministère de l’Économie, Investissement Québec et le Fonds de développement économique.

Exemple : la semaine dernière, il accordait un prêt pardonnable de 56 millions $ à la multinationale Alstom pour qu’elle maintienne en vie l’usine de La Pocatière.

À mon avis, il aurait été préférable d’obtenir en échange de cette aide gouvernementale un bloc d’actions d’Alstom. Le gouvernement n’a pas à faire des cadeaux de fonds publics.