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CHSLD Herron: la crise qui en cache une autre

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Photo d'archives

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La pandémie braque ses projecteurs sur de nombreuses injustices sociales, ignorées depuis trop longtemps. Tel un énorme coup de vent, elle ne cesse de soulever l’épais tapis poussiéreux sous lequel on avait enfoui nos pires abandons. Loin des yeux, loin du cœur.

En premier lieu, tous gouvernements confondus, l’abandon pernicieux de nos citoyens les plus vulnérables – aînés en lourde perte d’autonomie et personnes handicapées, jeunes ou vieilles. 

La dernière preuve en date est le rapport cinglant d’enquête du Collège des médecins, de l’Ordre des infirmières et infirmiers et de l’Ordre des infirmières et infirmiers auxiliaires du Québec. Sujet : les nombreuses morts atroces au CHSLD privé non conventionné Herron.

Le rapport pointe les propriétaires du Groupe Katasa ; l’incompétence des gestionnaires ; l’absence de formation du personnel ; les « réformes » Barrette ; le manque chronique d’équipement ; la course aux profits de l’entreprise, etc. 

De fait, le « cas » Herron est la pointe de l’iceberg ou le canari dans la mine, faites votre choix de vocable. Derrière cette crise se cache en effet une autre, bien plus large encore.

Ver dans la pomme

Le ver dans la pomme, le voici. Au fil des 30 dernières années, nos gouvernements, à coups de compressions, ont affaibli les services publics aux plus vulnérables.

Ce faisant, ils ont favorisé l’émergence d’un nouveau « marché » privé, empressé de fournir les services manquants en échange de pouvoir empocher des profits. C’est ça, le business de la grande vulnérabilité. 

La logique étant celle du profit, malgré qu’on y pompait des fonds publics, ces services seraient souvent de moindre qualité. Se délestant de leur propre devoir de protection des plus faibles, les gouvernements ont aussi baissé leur garde en matière de surveillance et d’encadrement.

Cette tempête parfaite s’est installée à demeure. C’est pourquoi il importe de regarder le scandale Herron non pas comme une exception, mais un symptôme parmi d’autres du délestage des pouvoirs publics vers le privé. 

En même temps que l’on « confiait » les plus vulnérables à des cowboys du profit – et nettement plus que dans le reste du pays –, on les ghettoïsait aussi en « catégories ». 

Faire mieux

Les vieux en lourde perte d’autonomie parqués ensemble. Les personnes handicapées de tous âges, parquées ensemble, surtout au privé. Ce phénomène troublant, il nous faudra le regarder droit dans les yeux. Impossible sinon d’y remédier. 

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, et la ministre des Aînés, Marguerite Blais, s’engagent à faire un sérieux ménage dans le milieu des CHSLD privés. Dans une société aussi vieillissante que la nôtre, l’échec n’est plus une option. 

Ce Québec saucissonné en tranches dès que nous naissons ou basculons plus tard en situation de haute vulnérabilité – de surcroît selon sa condition et son niveau de revenus –, est-ce vraiment la société dont nous rêvons ? 

Et ce « business de la vulnérabilité », en voulons-nous vraiment ? Quand viendra notre tour, en voudrons-nous pour nous-mêmes ? Poser la question... 

Le temps de faire mieux est venu. Élus et citoyens, ensemble. Le défi est gargantuesque parce qu’il est à la mesure de nos erreurs passées. Mais si nous le voulons vraiment, nous pouvons les corriger.