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L’effet Dryden 50 ans plus tard

John Davidson
Photo d'archives, le Journal de Montréal

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Ça donne un coup de vieux lorsqu’on réalise que Ken Dryden a disputé son premier match avec le Canadien le 14 mars 1971. Ça fait déjà 50 ans, bon sang, mais son impact a été tel qu’en 2021, les recruteurs rêvent encore aux gardiens format géant. 

Rappelé des Voyageurs de Montréal, Dryden a gagné ses six matchs en fin de saison, n’allouant que neuf buts au total sur 211 tirs (,957) avant de mener le Tricolore à une improbable conquête de la coupe Stanley. Le futur avocat est devenu l’idole de tous les jeunes gardiens de l’époque, sauf pour les inconditionnels de Rogatien Vachon.  

Ce dernier, double gagnant de la coupe Stanley, fut relégué au banc par un étudiant en droit à l’université McGill. C’était inimaginable.  

Dryden était excellent et différent. À 6 pi 4 po, il était un géant doté de réflexes de chat. On n’avait jamais rien vu de tel. Il n’était pas le plus mobile, mais il savait utiliser ses longues jambes et ses longs bras. 

Son calme était déroutant. Voir Dryden en séries accoté nonchalamment sur son bâton en attendant que Phil Esposito, Bobby Orr et compagnie prennent place à la mise en jeu au Boston Garden était surréel.  

À l’abattoir 

Le Garden était un abattoir de gardiens de but en 1971. Les Bruins avaient marqué 399 buts en 78 matchs. C’était 108 buts de plus que les 291 du Canadien et ils avaient signé 57 vraies victoires de 60 minutes. Ils misaient sur 10 marqueurs de 20 buts ou plus. Ils avaient inscrit six buts ou plus dans 37 rencontres, dont une de 11 buts, trois de 9 buts et sept de 8 buts. Ouf ! 

Esposito avait récolté 76 buts et 76 aides pour 152 points, soit 76 points de plus que le meilleur marqueur du Canadien, Jean Béliveau. En saison, les Bruins avaient battu le Tricolore cinq fois en six matchs, mais sans affronter Dryden. 

Le grand gardien a mené le CH à l’impossible, l’élimination des Bruins. Quelques semaines plus tard, la grande finale de la coupe Stanley opposait pour la première fois deux gardiens issus des rangs universitaires américains, Dryden et Tony Esposito, des Blackhawks de Chicago. Esposito était déjà une star, mais Dryden a eu le meilleur.  

Les recruteurs se sont mis à chercher des géants comme Dryden, mais il y en avait peu et ils n’étaient pas nécessairement de calibre. Les bons petits gardiens de 5 pi 8 po ou 5 pi 9 po comme Andy Moog, Don Beaupre, Mike Vernon, Greg Millen ou John Vanbiesbrouck ont pu se trouver du boulot dans la LNH au cours des 20 années suivant la retraite de Dryden. 

Le même phénomène en 2021 

Aujourd’hui, le même phénomène se reproduit en visant plus haut. Un recruteur m’a déjà dit : « J’aime bien ce gardien junior, mais il ne mesure que 6 pi 2 po. »

On cherche des gardiens de 6 pi 3 po et 6 pi 4 po, et on espère le coup de circuit avec des gars de 6 pi 6 po et 6 pi 7 po, mais bonne chance !  

Rien ne remplace le talent, la combativité et la lecture du jeu. D’ailleurs, cette saison, les meilleures recrues ne font pas plus que 6 pi 2 po, soit Kevin Lankinen (6e au classement), Alex Nedeljkovic (7e), Kaapo Kahkonen (10e), Vitek Vanececk (19e) et Igor Shesterkin (11e). Une exception, toutefois, Jake Oettinger (24e) à 6 pi 5 po. 

C’est plutôt rare de voir cinq gardiens recrues dans le top 11 à la mi-saison. Notez que Carey Price siège au 23e rang. Il a gagné 18 places en deux semaines.