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Il faut déconfiner le journalisme parlementaire

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Quelle est la différence entre :

S’adresser – tout en étant masqué et à bonne distance – à un préposé, dans un magasin.

Et...

Lancer une question – tout en étant masqué et à bonne distance – à un élu, dans un couloir de l’Assemblée nationale.

Aucune.

Or, le gouvernement Legault en invente une actuellement, ce qui a pour effet de nuire au travail des correspondants parlementaires.

Hier, des attachés de presse paniqués ont affirmé à des collègues, qui tentaient de questionner des ministres, que leurs patrons n’étaient pas autorisés à répondre aux questions dans le couloir !

On comprend qu’avec la pandémie, les mêlées de presse « collées » d’antan, à distance de postillon, ont dû (temporairement) être proscrites.

Mais jamais les reporters et chroniqueurs n’ont renoncé au droit de poser des questions de manière impromptue (tout en respectant les règles arrudiennes), dans le couloir.

À QUB radio hier, le président de la Tribune de la presse Marco Bélair-Cirino me l’a formellement confirmé.

Les entrées et sorties de la période de questions, des conseils des ministres, ont toujours été des occasions de reddition de compte, de précisions, de cueillette d’informations précieuses.

Le gouvernement prétexte les règles sanitaires pour interdire toute question à ces moments cruciaux et veut confiner les journalistes à des lieux désignés, uniquement lorsque l’élu accepte de répondre aux questions.

Je note que les équipes du gouvernement, elles, marchent très souvent en essaims très serrés, dans les mêmes couloirs ! Et ça se parle à l’oreille (à travers des masques, mais bon).

Au Dominion

À QUB hier, le collègue Guillaume St-Pierre, chef du Bureau parlementaire du Journal à Ottawa, notait que là aussi, la pandémie a le dos large. Les représentants des médias se sont d’ailleurs réunis virtuellement pour discuter de ce problème, hier.

Philippe-Vincent Foisy, correspondant de Radio-Canada, abordait la question dans un reportage, lundi.

« Perdre un accès direct aux élus, c’est perdre un maillon de la vie démocratique », y faisait valoir la chroniqueuse du Soleil Hélène Buzzetti.

Dans le même reportage, Yan Plante, ancien stratège conservateur et conseiller chez Tact, l’admettait : « Un certain avantage de la pandémie, c’est qu’il y a peut-être un plus grand contrôle de nos messages. »

Centralisation

Depuis un an, les gouvernements ont eu tendance à concentrer tous les échanges entre médias et pouvoir autour des premiers ministres, lors de séances hyper-encadrées.

Les Legault et Trudeau ont été généreux en points de presse ? Certes, mais dans des environnements contrôlés (question–sous-question), avec sujets obligés (la COVID a occulté nombre d’autres questions publiques urgentes).

Des ministres importants, comme le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, n’ont pas répondu directement à des questions « de couloir » depuis des mois, alors que leurs décisions ont des incidences sur la sécurité des enfants et des jeunes.

Vous allez dire que je prêche pour ma paroisse. Oui, car elle est précieuse en démocratie.

Jamais les journalistes n'ont renoncé au droit de poser des questions impromptues ou perdu ce droit. Les oppositions ont compris cela alors que le gouvernement veut faire comme si c’était le cas.

Mais c’est faux. Et cette fausseté devient plus indécente à l’heure où l’on déconfine ailleurs, notamment les salles de spectacle et la pratique des sports.