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«Plusieurs personnes ici parlent français»: une publication sur l’immigration suscite la grogne

MDC
Capture d’écran Facebook Voici la publication présente sur la page Facebook de la firme de consultants en immigration MDC Canada. Dans les points positifs, l’excellente nourriture : « Essayez notre poutine ». Au dernier rang dans les points négatifs : « Plusieurs personnes ici parlent français ».

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Une publication de deux firmes de consultants en immigration affirmant qu’un élément négatif de vivre au Canada est le fait que plusieurs personnes y parlent français «scandalise» et «révolte» des associations de défense de la langue au Québec.

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Le 26 février, MDC Canada a publié sur sa page Facebook les pour et les contre de vivre au Canada. Sur un fond d’une photo de la ville de Toronto, l’image mentionne six points positifs et cinq négatifs, le dernier étant «plusieurs personnes ici parlent français.»

Le lien de la publication renvoie à un blogue sur le site internet de l’entreprise de Vancouver. Le blogue revient sur chacun des éléments «pour» et «contre». Ironiquement, il présente la photo d’une poutine pour vanter les mérites de la cuisine canadienne.

À la fin, au chapitre «plusieurs personnes ici parlent français», le blogue mentionne : «d’accord, ce n’est pas réellement un contre. Le Canada a deux langues officielles. Si vous parlez français, cela comptera certainement en votre faveur. Si vous ne pouvez pas, vous pouvez ressentir un peu de ce bon vieux charme français lorsqu'ils rencontrent des anglophones.»

MDC Canada n’a pas retourné les messages du Journal. Son montage semble avoir été repris par Chase Global Immigration, une entreprise de Calgary, qui a publié une image identique sur sa page Facebook le 10 mars.

Chase Global a rapidement retiré sa publication après avoir été contacté par Le Journal. «Cela n’aurait jamais dû être considéré comme un contre. Ce message avait été transféré de Facebook et il a été effacé», a-t-on expliqué.

Cependant, Chase Global avait ajouté son adresse internet à l’image, ce qui remet en perspective le fait qu’il ne s’agisse que d’un message transféré.

Vives réactions

«Le mépris du Canada envers les francophones et le Québec est parfois tellement gros qu’il est caricatural. Tant que nous serons une minorité prise dans un pays qui n’est pas le nôtre, nous serons toujours traités comme une anomalie», a réagi spontanément le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon, lorsqu’il a pris connaissance de la publication.

«C’est scandaleux», a lancé d’emblée Marie-Anne Alepin, présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB).

«Si on était maître chez nous au chapitre de l’immigration ce serait différent, a poursuivi Mme Alepin. Ce que font ces compagnies crée des frustrations et des malentendus chez les gens qui arrivent ici avec leur bonne volonté et voient que ce n’est pas ce à quoi ils s’attendaient.»

Même si elle trouve qu’une telle image est «symptomatique que le Canada a une incapacité à bien gérer l’immigration au Québec et continue à accentuer le problème», elle considère que les Québécois doivent aussi se regarder dans le miroir.

«Quand les services publics et les discours des politiciens sont offerts dans les deux langues au Québec, quand pour travailler on doit maîtriser les deux langues même si c’est contraire à la loi 101, on envoie déjà un message nous-mêmes qu’on sous-estime notre langue. Si au Québec nous ne sommes pas exemplaires, pourquoi on pourrait s’attendre à ce que les autres le fassent à notre place?», questionne-t-elle.

L’image projetée

«Encore une fois je me révolte», avance pour sa part Jean-Paul Perreault président d’Impératif français.

«Ça fait de nombreuses années qu’on dénonce que l’image internationale du Canada est celle d’un pays anglophone. C’est cette image qui nous est retournée par ces entreprises. Et c’est à cause de l’image que dégage le gouvernement canadien à l’extérieur et même à l’intérieur du Canada. C’est tout à fait impardonnable. Les gens qui veulent avoir des renseignements sur le Canada dans les ambassades se font accueillir en anglais» , déplore M. Perreault

«C’est une volonté de laisser aller les forces de défrancisation et d’américanisation faisant du français une langue seconde, poursuit-il. Ça prend des moyens additionnels pour contrer le suprémacisme anglophone au Canada alors que le gouvernement ne cesse de nommer des hauts fonctionnaires et des ministres incapables de parler français. C’est un mensonge de prétendre que le Canada est francophone.»

Le fédéral dénonce aussi

La publication a aussi fait bondir à Ottawa. «Ce sont des propos déplorables et inacceptables. Nos deux langues officielles sont au cœur de l’identité canadienne. Le fait que l’on parle français au Canada est une richesse et contribue à rendre notre pays unique», a expliqué Maéva Proteau, directrice des communications de la ministre du Développement économique et des Langues officielles Mélanie Joly.

«Plus que jamais, les Canadiens d’un océan à l’autre ont une vision positive du bilinguisme. C’est dans cette optique que le gouvernement fédéral s’est engagé dans sa réforme des politiques gouvernementales en matière de langues officielles à faire sa part pour protéger davantage le français au Canada et au Québec. Nous y avons également inclus des mesures pour améliorer l’accès aux programmes d’immersion française ainsi que l’obligation pour le gouvernement fédéral d’adopter une politique sur l’immigration francophone qui appuie la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire», a précisé Mme Proteau.

Elle a aussi mentionné que le gouvernement du Canada estime les nouveaux arrivants, y compris les immigrants francophones, contribuent à la vitalité du pays.

«Lorsque nous créons des communautés accueillantes et inclusives et que nous offrons aux nouveaux arrivants francophones un soutien pour qu’ils s’y installent et y créent des liens, c’est tout le Canada qui en bénéficie», a-t-elle dit.

Hors Québec

Jean Jonhson, président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), «trouve déplorable que ce genre de discours existe encore. Ça démontre une incompréhension de la valeur du français et de la francophonie, et ça n’aide en rien les immigrants et les immigrantes à avoir une conception claire et positive du pays dans lequel ils s’installeront.»

La FCFA, qui incidemment tient actuellement son Symposium sur l'immigration francophone, a l’intention de dénoncer ces pratiques au Conseil de réglementation des consultants en immigration du Canada (CRCIC). Cet organisme régit les consultants en immigration qui doivent en être membres.

«Nous souhaitons que le Conseil agisse pour inclure des notions sur la valeur de la francophonie au Canada», a conclut M. Johnson.