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Shaw tombe dans le sac de Rogers

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Malgré l’écran de 66 pouces qui trône dans le boudoir, Maryse regarde souvent la télévision sur son téléphone.

Les petits-enfants comme leur grand-maman ont toujours le téléphone à la main. Puisqu’il n’y a plus moyen de vivre sans fil, le service est devenu une dépense conséquente. C’est pourquoi les libéraux de Justin Trudeau ont fait leur dernière campagne en promettant de diminuer la facture du sans-fil du quart en deux ans. 

La concurrence étant le meilleur moyen de garder les prix au plus bas, libéraux et conservateurs tiennent à ce qu’un quatrième joueur tempère l’appétit des trois grands, Bell, Rogers et Telus. Le Québec avait déjà Vidéotron, un concurrent qui permet de garder les prix au plus bas. Freedom Mobile, filiale de Shaw, joue depuis 2016 le même rôle en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. En Saskatchewan, c’est SaskTel, le trouble-fête.

Mardi, coup de tonnerre dans le ciel bleu du sans fil. Rogers annonce l’acquisition de Shaw. Une transaction de 20,4 milliards $ qui change la donne. La majorité des Canadiens risquent donc de se retrouver de nouveau avec les trois grands comme seuls fournisseurs. Bye bye le quatrième joueur !

Une autre promesse en l'air?

Comment Trudeau réussira-t-il à remplir sa promesse de faire baisser les prix du quart ? Vous me direz que ce n’est pas la première fois qu’une promesse électorale restera lettre morte, mais les Canadiens n’accepteront pas que les prix s’envolent. Le risque est d’autant plus manifeste que les compagnies brandiront le prétexte de devoir consacrer des milliards pour la 5G.

La méga transaction a plus d’un obstacle à franchir avant de devenir réalité. Rogers devra convaincre discrètement les politiciens des bienfaits de son « deal » : 3000 belles « jobs » payantes dans les provinces de l’Ouest, dont l’Alberta, plus un investissement de 5,5 milliards $ pour la 5 G et l’amélioration des réseaux de communications. Rogers a même promis au bougonneux premier ministre albertain, Jason Kenney, de garder à Calgary une « espèce » de siège social.

Enfin, ce qui sera de la musique aux oreilles des politiciens par les temps qui courent : un fonds d’un milliard $ pour doter les régions éloignées et les communautés autochtones de l’internet rapide.

Ted Rogers fête déjà  

Une fois les politiciens amadoués, le Bureau de la concurrence et le CRTC, dont les compétences en matière d’acquisition et de fusion se chevauchent, veilleront aux problèmes d’intendance. Quelques-uns sont lourds de conséquences. On pourrait, par exemple, forcer Rogers à revendre Freedom Mobile. On sauverait ainsi la face d’Ottawa qui tient toujours à un quatrième joueur. L’occasion serait belle pour Cogeco qui a boudé le sans-fil jusqu’à ce jour. Mais, Louis Audet, le grand patron, n’est pas facile à faire dévier de son plan de match, comme on l’a vu lorsque Rogers et Altice ont voulu acheter Cogeco.

On pourrait obliger Shaw à revendre le spectre de la bande de 600 MHz acheté en 2019 ou, pire encore, on pourrait défendre à Shaw et à Rogers de participer à la prochaine vente aux enchères du spectre de la bande de 3500 MHz. C’est celle qui est la plus utile pour la 5G, car elle peut transporter des montagnes de données sur de longues distances.

S’il est au ciel, Ted Rogers, l’extravagant fondateur de Rogers, doit déjà faire la fête, lui qui avait toujours voulu se faire aussi gros que Bell. Avec Shaw, c’est dans le sac !