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De la discrimination systémique au Québec

Le premier ministre Francois Legault chez Mario Dumont de Qub Radio à Mtl.
Photo Ben Pelosse François Legault

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Dans son plus récent rapport (2016-2019) sur la mise en application de la loi qui doit garantir l’égalité en emploi dans le secteur public au Québec, la Commission des droits de la personne constate que les autochtones, les minorités visibles et les minorités ethniques occupent environ la moitié du nombre d’emplois du secteur public qui devrait leur revenir, par rapport au pourcentage qu’ils représentent dans la population. 

Sans s’enfarger dans les fleurs du tapis, notre Commission des droits parle simplement, mais clairement, de « discrimination systémique en emploi ».

François Legault n’arrive pas à admettre qu’il y a un problème systémique de discrimination chez nous. Ça existe peut-être en Ontario ou aux États-Unis, mais pas chez nous. 

En fait, à chaque fois qu’on lui en parle, il utilise la même entourloupette pour changer la question et donner sa propre réponse : « Non, les Québécois ne sont pas systématiquement discriminatoires ». 

Le problème, c’est que personne ne dit que les Québécois eux-mêmes, pris individuellement, discriminent systématiquement. L’argument est un homme de paille que Legault érige lui-même pour mieux le faire tomber. 

Ce que nous avons au Québec, par contre, est un système d’embauche qui produit, à coup sûr, un résultat discriminatoire, prouvable et mesurable, à l’encontre des autochtones, des minorités visibles et des minorités ethniques (ainsi que des personnes handicapées et des femmes aux niveaux supérieurs...). 

C’est ça, la discrimination systémique. C’est un système, peu importe les causes, qui produit un résultat qui discrimine. 

VICTIMES

Les Québécois – ou, pour reprendre l’expression d’une autre époque, les Canadiens français – connaissaient de première main la discrimination systémique autant chez nous qu’ailleurs au Canada. 

En 1962, le président du CN, Donald Gordon, a tenté de justifier devant le Parlement l’absence de francophones parmi les 17 vice-présidents du chemin de fer. Ce n’était pas de la discrimination, c’est juste qu’ils n’étaient pas compétents. 

Rappelons ses paroles : « So long as I am President of Canadian National, no one will be appointed Vice President of CN because he is a French Canadian » (Tant et aussi longtemps que je suis le président du CN, il n’y a personne qui sera nommé vice-président en raison du fait qu’il est un Canadien français).

Comme l’ont rapporté les journaux à l’époque, pour monsieur Gordon, il ne s’agissait pas de refuser systématiquement la présence de Canadiens français au sein du CN, mais plutôt de manifester son opposition au fait d’embaucher une personne seulement à cause de ses origines ! 

Dans les années 1980, les femmes étaient systématiquement exclues de certains emplois bien rémunérés comme celui de chauffeur d’autobus (en 1980, seulement 3 des 1600 chauffeurs d’autobus à Montréal étaient des femmes). 

Le procès entrepris à l’époque par Action travail des femmes a prouvé que le système d’embauche, supposément objectif avec des tests de force physique, était conçu pour éliminer les femmes. Les choses ont changé une fois que ces preuves de discrimination systémique étaient faites. 

RECONNAÎTRE LE PROBLÈME

Si nous voulons combattre la discrimination et le racisme, il faut commencer en reconnaissant que notre système est biaisé. 

C’est seulement à ce moment-là qu’on peut commencer à apporter des correctifs.