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Pandémie, vaccin et guerre froide

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J’ai de la difficulté à comprendre ceux qui se plaignent de la gestion du gouvernement Legault dans la crise occasionnée par la pandémie de la covid-19. J’ai de la difficulté à comprendre les cinq mille personnes qui ont manifesté dimanche dernier à Montréal pour protester contre le premier ministre Legault et les mesures de confinement qu’il a prises pour assurer la sécurité de tous les Québécois. Cette discipline stricte ne correspondrait pas à notre «style de vie» et brimerait nos libertés fondamentales, entend-on. Ces mêmes personnes qui aujourd’hui protestent au nom des libertés et des valeurs nôtres auraient été les premières à reprocher à ce gouvernement son laxisme, si tel avait été le cas.

Au Québec comme ailleurs dans le monde, les gouvernements font le maximum pour protéger leurs populations, même si on a l’impression qu’ils improvisent maladroitement. Nous affrontons une pandémie causée par un virus extrêmement contagieux dont on ne connaissait rien il y a à peine un an et personne n’y était préparé. Peut-on reprocher à nos gouvernements quelque insouciance ? On peut certes questionner notre mode de vie et de consommation — qu’il faudra nécessairement changer — mais sûrement pas l’empressement dont a fait preuve la majorité des gouvernements face à la menace.

Seuls deux pays affichent un je-m’en-foutisme dangereux et ils en paient le prix. Le Brésil de Bolsonaro et les États-Unis de Trump ont manifesté un scepticisme honteux face à la contagion sanitaire. Aucune obligation de porter le masque protégeant le nez et la bouche, ou de respecter la distanciation sociale. Le discours officiel n’encourageait pas les citoyens à se prémunir contre le virus, en adoptant des mesures sanitaires conséquentes. Aux États-Unis, plus d’un demi-million de personnes sont mortes du virus depuis un an, tandis qu’au Brésil, on déplore plus de 270 000 décès dus à la covid-19 depuis son apparition en février 2020.

Le vaccin

Alors que plusieurs vaccins ont été mis au point ou sont en voie de l’être, on ressort les mêmes préjugés face à la vaccination. « Personne ne m’obligera à me faire vacciner », entend-on chez bon nombre de personnes : complotistes, négationistes, peace and love, adeptes de nouvelles ou de vieilles sectes religieuses, etc. On ne fait pas confiance au gouvernement Legault ni aux multinationales qui ont fabriqué ces vaccins. D’où la prolifération de toutes sortes de théories nébuleuses et de fausses nouvelles — on parle

maintenant d’infodémie —, qui viennent saboter l’effort collectif. Pourtant la confiance envers ceux qui nous gouvernent est essentielle dans ce genre de combat. Je ne parle pas des pharmaceutiques mais bien de ceux qui organisent, au mieux de leurs connaissances, le combat quotidien en suivant la courbe des nouveaux cas d’infection et en réajustant le tir en conséquence.

Plus on tardera à vacciner la totalité de la population mondiale, plus les risques croîtront que de nouvelles souches du virus se développent. Et plus on aura de morts à déplorer. Le principe de l’universalité du vaccin doit donc s’appliquer dès maintenant, qu’on soit d’un pays riche ou d’un pays pauvre. Nous sommes tous solidaires dans la contagion, comme dirait La Palice.

Il y a malheureusement une exception à la solidarité : les États-Unis. Ce pays multiplie actuellement les efforts pour empêcher la vente du vaccin russe Sputnik V aux pays d’Amérique latine. Même chose en ce qui concerne le vaccin cubain Soberana 02, qui sera prêt à être commercialisé et distribué d’ici quelques semaines. Ce vaccin cubain fait tellement peur — ça se comprend car il n’a pas été conçu à des fins lucratives — qu’on répand les pires rumeurs à son sujet. Comme si on assistait à un retour à la Guerre froide.

Ainsi, dans un rapport daté de 2020, le Département de santé et des services humanitaires des États-Unis, à travers son Bureau des affaires globales (OGA), signale qu’il convient «d’utiliser les relations diplomatiques dans la région des Amériques pour contrer les efforts de certains États, dont Cuba, le Venezuela et la Russie, qui tentent d’augmenter leur influence dans la région au détriment de la sécurité des États-Unis.» À travers l’OGA en question, on a tenté de dissuader le Brésil d’acheter le vaccin russe, en lui faisant miroiter toutes sortes d’aide technique. Même chose avec le Panama pour que ce pays refuse l’aide de Cuba et de ses brigades médicales pour combattre la pandémie.

En pleine pandémie, pas de période de relâche pour la guerre froide.