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Une bonne idée des jeunes caquistes

Jean-Marc Fournier
Photo d'archives L’ex-ministre de l’Éducation sous Jean Charest, Jean-Marc Fournier, lors de l’annonce de son retrait de la vie politique en mars 2018.

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Les raisons sont nombreuses de se réjouir de la proposition des jeunes caquistes, dont parlait La Presse jeudi : mandater des experts pour créer une liste d’ouvrages québécois à lire à l’école.

Il s’agit, à la CAQ, d’un (trop) rare signe de vie militante. La vigueur de celle-ci, on l’oublie trop souvent, est essentielle à la qualité d’une démocratie. Or, la pandémie a aussi fait des ravages de ce côté.

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Autre aspect réjouissant : il s’agit d’une trop rare occasion où l’on nous invite à débattre d’éducation en parlant du contenu. Du «ce que l’on doit enseigner».

Nos débats en ce domaine tournent presque toujours autour du financement (grève ou non des enseignants? etc.), du béton (construire ou non des écoles?), du «comment enseigner» (pédagogie par projet, compétences ou connaissances?), du «avec quoi enseigner?» (des tableaux intelligents, des iPad, écrire à la main ou au clavier ?).

Des aspects importants, certes, mais qui, en prenant toute la place (ou presque), diminuent l’aspect proprement culturel de l’école.

Le sociologue Fernand Dumont faisait remarquer dans les années 1990 dans son grand essai Raisons communes (Boréal, 1995) que les commissions et les comités sur l’enseignement «reviennent inlassablement sur l’objectif d’apprendre à apprendre, sans jamais oser mentionner ce qui serait pertinent d’apprendre».

Or, refuser cette question, en faire un tabou au nom de la multiplicité des points de vue est bien commode à une époque où l’on a pris l’habitude de dire : «tout se vaut», «tout est relatif».

Fournier

En campagne électorale en 2007, j’avais demandé à Jean Charest et à son ministre de l’Éducation d’alors, Jean-Marc Fournier, quel roman tout Québécois devrait avoir lu. Charest avait suggéré Le Survenant, de Germaine Guèvremont.

La réponse de Fournier m’avait profondément déçu, mais pas tellement surpris : «Je ne sais pas. Je n’ai pas de grand roman que toutes les générations devraient lire.» À ses yeux, l’important à l’école était «de proposer des livres qui intéressent les jeunes, qui collent à leur réalité».

Ce relativisme plombera toujours les débats sur le contenu à l’école. Elle plombera très probablement la proposition des jeunes caquistes.

Autonomie

On ajoutera aussi, ce que François Legault a répondu hier, qu’«il faut tenir compte de l’autonomie des enseignants».

Bien sûr, si elle débouchait sur quelque chose, je serais extrêmement étonné qu’on impose une liste unique en dehors de laquelle tout serait à l’index.

Comme le professeur et chroniqueur au Devoir Louis Cornellier, je crois qu’on gagnerait énormément à débattre d’une telle liste d’œuvres. De tenter d’en établir une. Il en avait proposé une de 12 ouvrages en 2006. Joint hier, il m’a dit qu’il la referait sans doute aujourd’hui. Tout cela peut être évolutif.

Quand on renonce à débattre de ce qui doit être enseigné à l’école, ce sont les industries culturelles qui comblent le vide.

Autrement dit, c’est Netflix et l’«hégémonie culturelle américaine» qui prennent le relais et imposent des repères communs.

Autre écueil bien contemporain sur lequel ce beau projet se butera : on tentera de se borner aux œuvres très récentes. Comme si le Québec d’antan n’avait rien à nous dire.

Au contraire, par les œuvres, on peut très bien faire voyager et vérifier l’adage : «le voyage forme la jeunesse».