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La carrière d'Arnaud Soly a pris son envol durant la pandémie

La carrière d'Arnaud Soly a pris son envol durant la pandémie
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca

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Arnaud Soly aurait pu se laisser abattre, l’an dernier, quand la pandémie l’a empêché de lancer officiellement son premier one-man-show. Mais c’était bien mal connaître l’humoriste de 31 ans, qui a plutôt décidé de mettre de côté ses malheurs pour se démarquer encore davantage sur le web. « C’est horrible à dire, mais un an plus tard, ça m’a quasiment servi, cette pandémie-là. Ma carrière a décollé », dit celui qui compte le plus de nominations au gala Les Olivier de demain.

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Presque à pareille date l’an dernier, nous avions prévu de faire la une du cahier Weekend avec Arnaud Soly. L’humoriste s’apprêtait alors à lancer son spectacle Stand-up, dont la première médiatique était prévue au début d’avril 2020. Même si la COVID-19 gagnait du chemin outre-mer et que les inquiétudes grandissaient, nous avions décidé d’aller de l’avant avec l’entrevue. 

Puis, tout a changé en l’espace de quelques jours quand le premier ministre Legault a annoncé la fermeture des salles de spectacles. La rentrée montréalaise d’Arnaud Soly a alors été repoussée à mai, puis à août et à octobre. Notre une avec l’humoriste et la séance photo ont aussi été rangées sur la tablette. Un an plus tard, nous vous publions finalement les photos qui avaient été prises avec le comique, accompagnées d’une nouvelle entrevue.

« Comme si ça faisait 10 ans »

Comment Arnaud Soly se sent-il aujourd’hui, après un an de pandémie ? « C’est comme si ça faisait dix ans... répond-il d’emblée. Je me sens bien. Je suis passé vraiment par tout le cycle des émotions. Je vois la lumière un peu, mais j’ai trouvé l’hiver particulièrement tough avec le deuxième confinement. »

Son moment le plus heureux récemment ? À la fin février, quand il a pu reprendre son spectacle lors de trois soirs au Lac-Saint-Jean. « J’ai joué à Alma, le 26, à Dolbeau, le 27, et à La Baie, le 28, dit-il. Je me sentais vraiment bien. Le public était over content, j’ai rarement vu ça. »

À part un petit passage au Vieux Clocher de Magog l’automne dernier, Arnaud Soly n’avait pas joué son spectacle depuis un an. Quelques heures avant son retour sur scène, à Alma, il s’est rendu compte qu’il avait oublié plusieurs détails techniques de son spectacle.

« Finalement, en soirée, l’adrénaline a fait que tout a bien marché, dit-il. Je pense que c’était une des fois où j’étais le plus solide dans mon texte. C’est comme si je l’attaquais avec plus de fraîcheur. »

En début de spectacle, il s’est bien sûr permis d’accuser la situation, alors qu’il jouait devant des publics masqués de 200 personnes dans des salles de 1000 places. « J’ai ajouté deux ou trois gags dans le show, des clins d’œil à la pandémie. Par exemple, j’ai dit que j’étais tellement content d’être en zone orange que j’ai frenché trois personnes à l’épicerie ! [rires] Mais sinon, je me rends compte que les gens sont contents qu’on leur parle d’autre chose. »

Tristesse et colère

En ce moment, Arnaud Soly n’a aucune idée du moment où sa première médiatique aura lieu à Montréal. « Les spectacles au Club Soda sont prévus en mai, pour le moment. Mais on ne parle plus de première parce qu’à quoi bon... ? On va attendre d’avoir des salles pleines pour ça. » 

Quand il a su que sa première ne pouvait avoir lieu comme prévu, au printemps 2020, Arnaud a d’abord ressenti de la tristesse et de la colère. « C’est comme si on m’enlevait quelque chose, dit-il. C’était bien égoïste comme réaction. Mais je me suis mis à parler avec d’autres amis humoristes et musiciens. Tout le monde était dans le même bateau. C’était à l’échelle de la planète. »

Se retrouvant tout à coup avec un calendrier libéré, Arnaud Soly s’était alors tourné vers Instagram, où il a fait près d’une cinquantaine de live [voir autre texte]. Se faire remarquer à ce point sur les réseaux sociaux lui a permis d’avoir d’autres contrats télé et radio. Sa popularité aujourd’hui est désormais plus grande qu’elle ne l’était au début de la pandémie.

Quatre fois plutôt qu’une

Il y a quelques semaines, Arnaud Soly apprenait qu’il était l’humoriste le plus nommé aux Olivier avec des mentions dans quatre catégories : Olivier de l’année, Artiste COVID, Découverte et Capsule ou sketch web humoristique.

« Je ne le réalise pas encore, dit-il. En même temps, quand j’ai vu les nominations, je me suis dit que ça avait du sens et que je ne l’avais volé à personne. Mais ça prenait vraiment une année bizarre [pour avoir le plus de nominations sans avoir lancé son spectacle officiellement]. C’est une année exceptionnelle. Je lève mon chapeau à l’équipe du gala qui s’est adaptée en ce sens, notamment avec la catégorie Artiste COVID. Je suis vraiment heureux d’être en nomination avec des gens que je respecte beaucoup. »

Improvisations sur Instagram  

À la fin mars 2020, les humoristes ont été nombreux à faire des live sur Instagram. Mais rares sont ceux qui ont connu autant de succès qu’Arnaud Soly. 

« Au début [du confinement], j’avais vu deux ou trois autres artistes faire des live et je n’étais pas fan, dit l’humoriste. Je trouvais ça cheap. Puis, j’ai vu Math Duff et j’ai trouvé ça vraiment bon. Il était charismatique. Il recevait aussi des “invités”. Je me suis dit que je pourrais chercher une manière d’intégrer des gens sans faire un show. Mais je ne voulais pas faire un 1000e podcast où deux humoristes parlent. »

Un soir, il a donc décidé de prendre l’une des nombreuses perruques qu’il a chez lui et il a improvisé un personnage : le gars d’Info-Santé. La réponse a été immédiate.

Faire briller ses collègues

Improvisateur chevronné, Arnaud Soly a ensuite enchaîné les live durant un mois, parfois à raison de cinq soirs par semaine, en incarnant différents personnages. Ses personnages parmi les plus populaires ? Le journaliste à potins, le caricaturiste vulgaire et la diseuse de bonne aventure.

« J’ai plein d’amis humoristes improvisateurs qui ont participé à ces live, dit Arnaud. J’aimais ça parce que j’essayais de faire briller mes collègues. »

Chaque soir, ils étaient entre 5000 et 10 000 internautes à regarder ses cocasseries. « Tout le mois d’avril, j’étais vraiment sur mon erre d’aller. »

Son invité tout étoile ? « Je ne pourrais pas ne pas nommer Alex Champagne, dit-il. Je ne le connaissais pas beaucoup [avant]. Un soir, il a embarqué dans un live et il était super drôle. Il m’a dit après, ce soir-là, que ça lui manquait de faire de l’humour. Il est ensuite devenu un personnage incontournable qui a vraiment marqué beaucoup de gens. J’aimerais collaborer avec lui éventuellement sur d’autres projets. Sinon, j’ai aussi vraiment ri avec Christine Morency, Rachid Badouri et Phil Roy. »

Vedettes pour une bonne cause

Au mois de mai, Arnaud a senti un épuisement de ces soirées d’improvisation. « Les deux dernières semaines, j’étais vraiment à bout, dit-il. J’ai commencé à réduire ça de cinq fois par semaine à quatre fois, puis à trois fois. Je l’ai poussé peut-être trop longtemps. Je me mettais trop de pression. »

Il a alors décidé de terminer les choses en grand. Le 14 mai 2020 allait être son dernier live Instagram. Pour l’occasion, il ramenait son personnage du journaliste à potins Jean-Daniel et organisait un énorme tapis rouge de vedettes. Patrick Huard et Anik Jean, Jay Du Temple, Véronique Cloutier et Louis Morissette, Pier-Luc Funk, Charlotte Cardin, Rachid Badouri, Marie-Mai, Luc Langevin, Joël Legendre et Gino Chouinard avaient notamment répondu à l’appel ce soir-là.

Arnaud Soly en avait aussi profité pour se raser les cheveux au profit de Leucan. Il espérait amasser 5000 $. Il a finalement remis un chèque de 31 860 $ à l’organisme ! « Ç’a été incroyable. Je voulais marquer la fin de ce marathon de live avec un objectif concret pour une belle cause. Je trouvais que c’était la manière la plus rassembleuse de finir tout ça. » 

Puisque les nouveaux personnages d’Arnaud Soly ont tellement connu de succès ces derniers mois sur le web, l’humoriste a-t-il pensé les ajouter à son spectacle solo ?

« Non, parce que le spectacle s’appelle Stand-up, répond-il. Par contre, il y a un projet télé avec ces personnages qui devrait sortir à l’automne, si tout va bien. »

Drôle de père  

En novembre 2019, Arnaud Soly est devenu papa pour la première fois. C’est donc avec sa petite famille qu’il a vécu le confinement de l’an dernier. Il a alors profité de ces moments inespérés avec sa petite Romane, lui qui aurait normalement passé une grande partie de l’année sur la route pour son spectacle. 

« Ç’a été le bon côté du confinement, dit-il. J’ai vraiment été plus à la maison. J’ai pu la voir grandir. On a passé une année vraiment proche dans notre petite bulle familiale.  

« Elle commence à marcher, à parler, poursuit-il. Elle a du caractère ! Je crois que la pandémie ne laissera pas trop de séquelles. Elle ne comprend pas trop ce qui se passe, à part qu’on ne voit pas de monde. J’ai très hâte de l’amener dans les festivals, dans les partys. Je vais l’intégrer à la société. »

Arnaud Soly admet ne pas vouloir se faire de plans pour le reste de 2021, tant sur les plans professionnel que personnel. « Je suis quand même optimiste avec le vaccin et l’été qui arrivent. Sans trop me faire d’idées, j’ai espoir qu’on est sur le dernier droit pour s’en sortir. J’ai des projets dans la mijoteuse qu’on va bientôt annoncer et qui sont super excitants. Je m’accroche à ça et à ma famille qui est en santé. »